Partout où mon sentiment peut se porter il se porte et je suis encore bien en peine de la perte de mon petit chien tandis que des êtres en apparence plus dignes d’amour par leur indifférence font barrage à ce que j’investisse en eux tout sentiment. Alors je ne les pleure pas comme je le ferais — et toujours pour la même raison que partout où mon sentiment peut se porter il se porte — devant ma télé d’un amour contrarié et totalement fictif, dont ni la passion ni les êtres n’ont jamais existé, car malgré que je le sache je ne peux retenir mes larmes. Et bien des années après je me souviens encore d’une émotion forte qui n’a été que le fruit de mon imagination, car il me plait parfois de donner moi-même existence à ce qui n’en n’a pas, qui est aussi ce que je crois l’on fait avec nos sentiments en leur donnant une existence qu’en dehors de nous ils n’ont pas, dont nous sommes l’unique cause ou source, et bien que nous la cherchons et croyons trouver en dehors de nous elle ne le serait jamais. Ainsi en est-il des êtres que j’ai aimés, et de comment je les ai aimés, que cet amour-là jamais je ne l’ai trouvé en eux, et ce n’est pas tant que je n’ai pas été correspondu en amour mais que si sentiment il pouvait y avoir de leur part il ne correspondait en rien au mien. Comment alors ne pas se défier de ses sentiments et ne pas s’en vouloir de pleurer comme d’aimer quand la réalité n’en a trace parce que tout y est placé dans notre imagination qui nous joue des tours pendables. C’est pourquoi je le crois on peut parler d’enfantillages et penser qu’il y a un âge où tout cela ne devrait plus avoir cours. Le mien est pourtant bien avancé et n’a là-dessus en rien changé. Faut-il souffrir pour se sentir vivre et n’ayant plus aucune raison à cela, et je disais à ce propos à une personne dont l’âge avoisinait le mien qu’ayant franchi des zones et montagneuses et ombrageuses nous voilà dans les plaines arides et grises qui ne devraient même pas donner de fruits à l’imagination et pourtant la forge des sentiments continue à souffler sur nous son air brûlant, est-il aussi vrai comme dit la chanson qu’on a vu souvent rejaillir le feu de l’ancien volcan qu’on croyait trop vieux ? Sans doute, et c’est toujours à pure perte qu’il se déverse, je parle des sentiments comme de la lave qui où qu’ils se portent ne doivent leur existence comme leur chaleur qu’à ce qui est en nous, au plus profond de notre être et nulle part ailleurs. Difficile alors d’en parler des sentiments comme on parlerait d’une chose et souvent c’est ce que l’on fait et en quoi l’on se trompe, quand ils ne font rien que donner aux choses comme aux êtres une couleur, une chaleur, voire une odeur, et nous permettre ainsi de les sentir et de les ressentir à loisir, en pensée comme en imagination, qui est aussi ce qui fait que nous nous sentions vivre, et c’est d’avoir pour eux quelque sentiment comme d’en souffrir.
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