mercredi 2 novembre 2022

Le ton de la conversation

 

Le ton de l’autorité, il est dans le ton de la conversation la plus anodine qui est où on s’attend le moins à le trouver. Il y est cependant plus que dans les représentants du pouvoir et le maître d’école, plus que dans le pouvoir comme plus que dans le savoir qui sont toujours et continuellement remis en question. Il est dans l’opinion qui s’exprime au cours de ces conversations qui passent pour banales et qui nous sont par ailleurs souvent indifférentes. Mais si on y prête l’oreille c’est le ton avec lequel les paroles sont proférées qui retient notre attention tant il semble empreint de la plus haute conviction, de la plus forte certitude. C’est qu’il n’y a pas lieu de s’en cacher, encore moins d’en douter. On ne parle pas à un contradicteur né, sinon à un proche, à un parent, à un conjoint, à un ami, tous abondant dans le même sens, d’où les dits lieux communs, d’où les clichés, d’où les préjugés, d’où les idées bien arrêtées, d’où les convenances bien établies... Et à qui il est arrivé de surprendre une de ces conversations il est aussi arrivé d’être surpris moins par le propos, répétons le plutôt banal, que par la force et conviction, répétons-le aussi, avec lesquelles, il a été émis. S’il fut donné à chacun de s’entendre comme il entend les autres sûrement cesserait-il alors de parler comme il parle et ne se laisserait-il pas aller au ton de la conversation la plus banale, la plus anodine qui soit, mais si terrifiante à une oreille qui ne s’y prêterait que par défaut, que par accident, et n’en retiendrait que le ton qui est le ton de l’autorité.

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