Se défaire d’une mauvaise idée c’est comme se défaire d’une mauvaise herbe qui trouverait en notre esprit un terrain favorable. C’est pourquoi elle y a poussée et s’y est développée de sorte qu’il faudrait non pas la couper mais en extirper jusqu’aux racines. Il faudrait même s’interroger sur la nature du terrain et le fait qu’il ne permette à rien d’autre d’y pousser à sa place. De là la difficulté presque insurmontable à faire qu’une idée nouvelle s’inscrive en nous et qui a elle seule marquerait l’éradication véritable de l’ancienne qui ne pourrait lui survivre. On peut faire l’expérience de cela en constatant combien on n’arrive pas à retenir de nouvelles idées, leur résistance à s’inscrire en nous serait bien la preuve qu’il y en a d’autres qui leur font obstacle, c’est tout du moins ainsi que je pensais en revenant à plusieurs reprises au Professeur Nimbus, le fragment numéro 34 de Minima Moralia de Theodor W. Adorno où j’avais été très surpris, presque choqué quoique favorablement, par ce qui prenait le contre-pied de la manière dont justement on penserait se forger un jugement impartial, rationnel, dénué de sentiment parasitaire et que l’on appelle objectif, auquel bien souvent on se rend après l’avoir trouvé parce qu’y prenant le moins de part possible, ne s’y impliquant pas et se montrant compréhensif par rapport à ce qu’il nous serait difficile d’accepter parce que justement contraire à notre sentiment.
Eh bien pour me défaire de cette idée de comment il fallait penser qui est donc plus qu’une idée mais un terrain favorable à l’éclosion de certaines idées considérées par nous comme bonnes. Pour m’en défaire je n’ai pu que revenir au Professeur Nimbus et il me faudra sans doute y revenir encore tant mon esprit semble réactif à assimiler cette idée qui semble cependant réconcilier raison et sentiment, mais donnons maintenant la parole à Theodor W. Adorno qui s’élevait en contre de « la pauvreté et la vanité de tant de déclarations que ceux en émigration font à l’encontre du nazisme » relevant l’une d’entre elles « Adolf Hitler est un cas pathologique » et arguant contre : « Ceux qui pensent en termes de jugement libre, désimpliqué et désintéressé, n’ont pas été capables d’assumer dans le cadre de telles catégories de pensée l’expérience de la violence — laquelle, réellement, met hors-jeu ce mode de pensée ». Précédemment il avait écrit et cela viendra renforcer l’idée nouvelle ici exprimée que « Nombreuses sont les connaissances (Hitler cas pathologique) qui, hors de proportions avec le rapport de forces, restent sans aucune valeur (et l’on pense aussi à celle d’Hannah Arendt dans le cas Adolf Eichmann parlant de la banalité du mal), pour exactes qu’elles puissent être formellement ». Les raisonneurs peuvent donc avoir des raisonnements trompeurs et pour cela même qu’ils ne s’en tiennent qu’à la raison qui ne peut rendre compte de tout et encore moins de ce qui ne répond pas à la raison comme c’est le cas de la violence qui elle par contre répond souvent à l’exercice du pouvoir d’où Adorno commençait dans Professeur Nimbus par dire : « Entre le pouvoir et la connaissance, il n’y a pas seulement un rapport de sujétion, il y a aussi un rapport de vérité. »
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