Ce qui me fait marrer et devrait en faire marrer plus d’un c’est de se voir avec la lucidité avec laquelle en me voyant je le vois et c’est sur ces deux plans où il se situe alternativement. Je le vois s’insurger contre la guerre, contre la misère dans le monde, contre la pollution, enfin contre tous les torts que l’homme se fait à lui-même et à la planète. Puis je vois ce même homme entrer dans des considérations d’ordre politico-sociales, économiques et stratégiques, enfin toutes ses considérations où la société a pris le pas sur l’homme, où l’homme compte peu et à ce point qu’il continuera à souffrir de la guerre et autres misères qui sont son lot et le lot de toute politique. Oui, tant que l’homme se prêtera à ce petit jeu infâme du politicard et ceci avec le plus grand sérieux du monde, tant qu’il jouera de cette ambivalence qui le fait être et ne plus être face aux enjeux internationaux, avec cette certitude et orgueil du joueur ou du parieur qui met toute sa fortune sur la table tout en sachant que c’est du bluff. Oui, cet homme me fait marrer comme il devrait en faire marrer plus d’un s’il se voyait pariant avec fortes convictions et ignorant ou feignant d’ignorer que c’est sa vie qu’il met en jeu puisque à ce niveau qui est celui de la société il n’est fait aucun cas de lui, car ce sont les puissances de ce monde qui fixent les règles du jeu assurant ainsi sur tous leur survivance et domination.
Pour ne pas rire jaune à la fin de l’histoire de l’humanité ou tout du moins garder ce brin de lucidité non dépourvu d’espérance en l’homme et non en la société (si elle ne redevient pas la société de l’homme) je terminerais en retranscrivant ce qu’écrivit Teodor W. Adorno dans son Minima Moralia ou réflexions sur la vie mutilé : « Ce n’est qu’en conflit avec l’univers de la production, et en tant qu’ils ne sont pas totalement pris dans l’ordre, que les hommes pourront instaurer un ordre plus digne de l’homme » ou encore cette note d’espoir « En comparaison du paternalisme laconique avec lequel le traite Hegel, l’individu a gagné en plénitude, il est devenu plus différencié et plus fort, dans la mesure même où il se trouvait parallèlement affaibli et vidé de sa substance par la socialisation de la société. Dans une période qui est maintenant celle de son déclin, l’individu contribue de nouveau, par son expérience de lui-même et de ce qui lui arrive, à une connaissance qu’il ne faisait que masquer tant qu’il était la catégorie dominante et s’interprétait dans le sens d’une positivité inentamée. Au regard de l’unanimité totalitaire qui, à la criée, est prête à faire passer l’idée que le sens de l’individu est dans l’élimination immédiate de sa différence, il est même permis de penser que quelque chose des possibilités libératrices de la société a reflué pour un temps dans la sphère de l’individuel. »
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