mercredi 12 octobre 2022

Il faut rendre à César ce qui est à César

 

On a l’habitude de penser la société d’un côté et l’homme de l’autre, de sorte qu’il y a ceux qui seraient pour la société et ceux qui seraient contre la société. Je voudrais que ceux qui sont contre la société comme ceux qui sont pour la société considèrent, et en cela ils devraient s’entendre, que ce n’est pas quelque chose d’extérieure à nous contre quoi ou pour quoi on devrait se battre, et quand je dis la société tue l’homme je ne vois pas quelqu’un qui serait pour la société prendre les armes contre quelqu’un qui serait contre la société, je vois ce même homme mangé par la société comme on peut l’être par le cancer, une cellule qui en nous se mettrait à proliférer de façon anormale, et je vois comme ce mal est insidieux que nous qui le portons n’en n’ayons pas conscience et fait que nous y participons, pire encore, que nous l’encourageons. Quelques exemples pourraient suffirent cependant à le rendre plus visible à nos yeux. Et c’est comme cela en tout cas qu’il est apparu aux miens qu’il était clair qu’ils signifiaient une ligne de démarcation à partir de laquelle ce n’était plus l’homme qui pensait et légitimait ses actes mais la société qui avait pris le pas sur lui et l’entraînait dans ses dérives.

Voyez un homme seul, c’est-à-dire tel qu’il vit et se sent être, il est bien capable de tuer un homme qu’il connaît et contre qui il en a après, mais en tuer des milliers dont il ignore jusqu’à l’existence, jamais, jamais si on ne lui disait que ce sont des ennemis ou que ce sont des terroristes, ce qu’il finit par penser quand il finit par penser comme la société, car jamais dans sa pensée n’aurait germé l’idée d’aller tuer tant d’hommes dont il ignore tout. 

Voyez ce même homme participer à quelque chose de plus réjouissant comme une course de sacs lors d’une kermesse de village. C’est un jeune gars il veut briller pour les quelques filles du village et une en particulier qu’il connaît bien. Cela semble naturel qu’un homme pense comme ça et agisse comme ça, mais qu’on élargisse le cercle à celui d’une nation, c’est comme une onde concentrique dans un étang qui en prenant de l’extension finit par s’effacer. Et c’est pourquoi la recherche de la gloire (d’être connu par des inconnus) me semble aussi suspecte que la recherche de l’argent en cela qu’elle serait plus le fait de la société que de l’homme. En s’éloignant de tous ceux qui lui sont proches, comment voulez-vous que cela le touche, et il y en a qui doivent trouver bien décevants les propos d’un champion qui dirait c’est pour ma femme, pour mes enfants, quand on voudrait entendre, enfin inutile de dire ici ce que l’on voudrait entendre qui est ce que les médias nous font entendre, et que c’est pour nous, pour la France, pour les français, mais comment cela serait-il vrai s’il ignore même qui est ce nous, de qui il est fait.

C’est que l’on veut nous faire non seulement penser ce que par nous-mêmes nous ne penserions pas, mais sentir ce que par nous-mêmes nous ne sentirions pas. Il y en a sans doute qui sont profondément convaincus qu’ils pensent ainsi et qu’ils sentent ainsi, c’est-à-dire ainsi que pense et sent la société, en toute conformité avec elle, aussi loin qu’elle pense, aussi loin qu’elle sent, et ils se sentiraient plus humain quand c’est justement la part d’humain qui en eux à diminuée pour laisser place à la part de société, ce qui fait que quand celle-ci est mal inspirée ces bonnes âmes pensantes (ou de la bien-pensance qui est toujours la bien-pensance de la société) font des ravages parmi les humains, des atrocités auxquelles on ne pourrait penser qu’un être humain puisse se livrer, et en effet ce n’est pas un être humain qui s’y livre (et que se le tienne pour dit ceux qui pensent que la société humanise) mais le dit être social ou, dit autrement, celui que la société a bouffé de l’intérieur au point qu’il n’y ait plus rien en lui d’humain. Et quand on dit l’homme est capable de cela je dis non l’homme n’est pas capable de cela, ce n’est plus l’homme qui sent, qui pense, qui agit comme un homme agirait à sa place. Et il me semble qu’il y a déjà peu d’hommes qui sentent, qui pensent, qui agissent, comme un homme agirait à leur place. Ils ont de plus en plus besoin de savoir pour se rassurer qu’ils sont des centaines, des milliers, des millions à sentir, à penser, à agir de la sorte (il leur faut un haut-parleur pour l’entendre et ce haut-parleur ce sont les médias).

Voyez enfin ces animaux qui se battent pour la femelle et écoutez les revendications sociales qui sont : on veut plus d’argent, toujours de l’argent, toujours plus d’argent, qu’est-ce que ces animaux dénaturés qui ne revendiquent et ne se battent plus que pour de l’argent. Un observateur extérieur (un extraterrestre faudrait-il qu’il soit car les hommes ne s’étonnent plus mais trouvent plutôt naturel que leur revendications soient exclusivement des revendications salariales) serait étonné de voir que tous les animaux de la terre se battent pour la femelle quand l’homme qui se retrouve de plus en plus seul (sans femelle) ne fait que demander de l’argent, toujours plus d’argent. L’explication c’est que ce n’est pas l’homme. Aux premiers temps de l’humanité les hommes devaient se battre pour les femmes. Maintenant ils se battent pour de l’argent. La société n’a pas amené les femmes et n’amène toujours pas les femmes. La société a amené l’argent. Et il n’est pas sûr que la part en l’homme qui réclame l’argent soit la plus humaine, plus humaine que celle qui réclame la femme, en quoi la société ne l’aurait pas beaucoup humanisé, mais chosifié, en aurait fait sa chose, on la manipule, on la déplace, on la vend au plus offrant, on l’achète, et on l’achète avec de l’argent …

La morale de l'histoire serait il faut rendre à César ce qui est à César et à la société ce qui est à la société et l'homme ne s'en porterait que mieux.

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