Y voudrait rien dire mais y a trop longtemps qui disait rien, comme chez lui à l’heure des actualités il fallait qu’il se taise et puis après qu’il mange, ce qui fait qu’il avait jamais rien le temps de dire et qu’on prenait encore moins le temps de l’écouter après, s’il avait eu encore quelque chose à dire, parce qu’à la fin il n’avait plus rien à dire ni à penser, c’était comme ça même qu’avait commencé à naître dans sa tête à lui les blancs qu’il disait et c’étaient comme des absences de pensées, comme des trous qu’on aurait fait dans sa tête, c’était ce qui lui manquait pour parler comme tout le monde et il ne parlerait plus jamais comme tout le monde ; ces yeux aussi étaient comme vides par endroits et il ne verrait plus jamais le monde comme tout le monde le voyait parce que le monde n’était pas plein pour lui comme pour tout le monde mais avait des blancs pour lui qui n’arriverait jamais à les combler.
C’était comme avec Willa le wallisien, il n’arriverait jamais à s’expliquer pourquoi le père ne lui avait pas laissé le bateau. Il ne demandait que ça Willa et il n’allait pas l’emporter avec lui le père. C’est vrai qu’on lui avait pas tout dit, qu’on lui avait même rien dit à lui, que pour eux il avait pas besoin de savoir, même après quand il avait grandi et qu’il était devenu plus grand qu’eux, c’est pourquoi il y avait des blancs qui devait remplir et qu’il avait toujours pas les moyens de remplir, mais y pouvait plus vivre avec. Willa le wallisien il partait toujours à la pêche avec le père, même que sans Willa le père il aurait jamais pu pêcher comme ils avaient pêcher, des bassines pleines de poissons qu’ils ramenaient Willa et le père et encore il fallait en ramasser dans le bateau qui ne pouvaient pas rentrer dans la bassine. A pêcher aussi la nuit sur le récif la langouste à la lampe Coleman qu’il lui avait appris Willa. Willa il était pas de la Nouvelle Calédonie, il était de Wallis, Wallis et Futuna qu’on disait et c’est un peu comme Tahiti et toutes ces îles qu’on appelle la Polynésie Française qu’il avait vu plus tard à la télé avec les colliers de fleurs, les danses, les paroles de bienvenue, les offrandes, tout ce qu’était venus chercher ceux qui y allaient car il faut croire qu’ils s’y étaient allés pour tout ça auquel ils n’avaient pas droit dans leur pays et c’était peut-être pour ça aussi que le père il était allé en Nouvelle Calédonie mais il aurait mieux fait d’aller en Polynésie, c’est pourquoi y avait Willa qu’il se disait lui. Willa c’était les fleurs, les poissons, les danses, parce qu’il se rappelait aussi que Willa les avait invité à un mariage wallisien où les hommes dansaient avec le sabre d’abattis à la main et y avait aussi les petits cochons de lait au four wallisien et la salade tahitienne de poissons crus avec du jus de citron et de la noix de coco. Bon, il n’était pas cuisinier lui mais il avait trouvé bon tout ça et s’il n’y avait pas eu ces blancs qu’il ne savait plus où et pourquoi il se retrouvait là avec les parents et les wallisiens il aurait retenu au moins l’ambiance comme on voit à la télé quand ils viennent les officiels et y pouvait confirmer : ils étaient comme ça les wallisiens, comme les tahitiens, et y voyaient pas la différence entre eux et les tahitiens sauf que les wallisiens eux ils l’a voyaient la différence entre eux et les tahitiens, mais n’allez pas lui demander pourquoi : y avait un blanc dans sa tête à cet endroit là. Il se demandait même si les blancs dans sa tête c’était pas un système de censure, que là où ça devenait trop dure sa tête aurait mis, et c’est pourquoi aussi y avait un blanc à l’endroit où le père qui partait pour la France ne laissait pas le bateau à Willa qui restait en Nouvelle Calédonie et pourrait pêcher avec tous ces poissons qu’il lui devait à Willa.
Il était à Levallois Perret en région parisienne avec sa grand-mère chez qui il venait manger et dormir parfois, même s’il avait grandi, et même s’il avait grandi les parents lui avait dit de demander à la grand-mère pour l’indemnisation d’Algérie. Lui il avait pas voulu au début embêter la grand-mère mais la mère elle avait insisté beaucoup là-dessus et c’était sa mère et lui il voulait faire toujours faire plaisir à tout le monde, il devait tenir ça de la Nouvelle Calédonie et de Willa, de Willa plus que de son père, de Willa plus que de sa mère, de Willa et de tous ceux qui aiment à fond perdu, de tous ceux qui aiment sans se poser de questions, de questions sur ce qu’on faisait après de leur amour. Il avait demandé alors à la grand-mère et la grand-mère lui avait dit de le dire seulement à la mère, que c’était sa part à la mère pas au père. Et lui il l’avait dit seulement à la mère mais la mère avait appelé le père et ça c’était mal passé pour lui que d’avoir voulu le dire qu’à la mère. Au lieu d’être récompensé voilà ce qu’il lui arrivait et souvent il était récompensé comme ça, mais c’était pas vrai que de dire comme ils disaient tous qu’il faisait les choses pour être récompensé, c’était comme de dire ou de penser, qui était bien ce qu’ils disaient et qu’ils pensaient et ne pouvait dire et ne pouvait penser que ceux qui étaient intéressés ; enfin, c’était comme de dire et de penser que Willa il avait tout fait pour avoir le bateau du père, et lui y savait bien que c’était pas vrai mais que Willa il avait dû être déçu quand même, pas déçu, blessé qu’il avait dû être Willa, comme il pouvait être blessé lui et pouvaient être blessés tous ceux qui aimaient, et ces blessures là elles s’effacent jamais. C’était peut-être même ça qui lui faisait des trous dans la tête à lui, qu’au moment de penser ou de parler il y avait ça et c’était comme un blanc là où les autres y voyaient les fleurs où les enfants qui jouaient où les couples qui dansaient, le monde qu’ils aimaient quand lui il pouvait plus l’aimer le monde car des hommes comme sont père il y en avait beaucoup de par le monde. Un ami qui l’avait pas rappelé et qui était souvent venu jouer chez lui, à qui il avait appris tout ce qu’il savait sans rien garder pour lui, rien que pour lui, avant qu’il ne quitte la région parisienne était venu avec sa femme pour lui dire qu’il partait mais qu’il l’appellerait et qui ne l’avait pas rappelé jamais rappelé et lui il avait senti alors ce qu’avait dû sentir Willa quand le père était parti sans lui laisser le bateau qu’il avait préféré vendre pour une bouchée de pain plutôt que de le donner à celui qui lui avait donné à manger plus qu’une bouchée de pain, mais du poisson et de la langouste et de la tortue de mer et de la salade tahitienne et du petit cochon au lait au four wallisien et…son père n’avait jamais dû le rappeler à Willa.
A la RATP y avait ce black instructeur des agents de sécurité qu’il voyait toujours, de là où il se trouvait lui, et c’était au-dessus d’une grande salle avec un tatamis où il les malmenait les futurs agents de sécurité pour qu’y s'apprennent qu’il lui disait à lui qui trouvait qu’il exagérait quand même un peu mais qu’il avait dû être élevé comme ça, à la dure et qui faisait pas exprès alors d’être dur. Et puis un jour on avait mis un blanc avec lui qui avait fait copain copain avec lui et il savait pas encore que c’était pour le remplacer, c’était pas ce qu’on lui avait dit, pour le seconder qu’on lui avait dit. Le blanc qui savait rien il apprenait tout de lui, s’appliquait à faire ce qu’il faisait et même l’en félicitait après. Ça c’était fait comme ça progressivement que lui d’où il se trouvait il voyait de moins en moins en bas dans la salle avec le tatamis le black que le blanc avait commencé à remplacer quand il ne pouvait pas venir, c’était ça qu’il s’était dit au début. Puis le black n’était plus venu du tout jusqu’à ce jour où il était venu à son bureau pour lui dire que l’autre était un salaud, qu’il lui avait tout appris et que maintenant il avait pris sa place, et qu’il était en procès avec la RATP. L’autre c’était un planqué qu’on avait envoyé là pour prendre sa place et c’était pas qu’il était méchant mais on l’avait envoyé pour ça, comme on avait envoyé son père en Nouvelle Calédonie et il était devenu directeur d’école à Kouaoua son père à la place d’Abel Wadra l’ex directeur qui était devenu son correspondant à Nouméa où il avait été envoyé lui à l’internat, et muté Abel Wadra, que c’était comme ça que ça se passait, que c’était même institutionnalisé que de ne pas rendre ce qu’on nous avait donné si l’on voulait sortir gagnant de l’échange et que ce qu’il fallait c’était gagner, gagner sa vie, qu’il disait le paternel, et que lui n’avait jamais bien réussi à faire. Son père aussi il avait fini par aller de moins en moins à la pêche avec Willa, puis tout seul qu’il y était allé quand c’était à partir de là qu’il l’avait emmené à lui pour faire certainement ce que Willa faisait et qui était de l’aider comme quand il avait frappé sur le dos du requin avec le harpon sauf que lui il n’avait pas la force de Willa.
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