Quand on a définit la famille en se basant sur les liens du sang et de la parenté on s’est trompé. On se trompe encore quand on dit aujourd’hui de quelqu’un qu’il n’est pas famille et que ce serait de la faute de gens comme lui qu’il n’y a plus de famille. Mais en quoi j’aurais autorité pour parler de la famille ? De la même façon en effet que je n’ai pas l’autorité du docteur en médecine pour parler du corps humain je n’ai pas l’autorité du docteur en sociologie pour parler du corps de la famille. Mais j’avoue que je ne voudrais pas m’encombrer l’esprit de connaissances inutiles autant si mon propos serait de parler de mon corps car j’en parlerais comme quelqu’un qui l’habite, c’est-à-dire de l’intérieur, et je vais ainsi parler de la famille comme quelqu’un qui a vécu dans une famille et a mal à la famille comme on peut avoir mal à la tête ou à l’estomac.
Dans ma famille ça c’est très mal passé et je me suis laissé dire qu’il n’y a pas que dans ma famille où ça se passe mal. Très tôt l’un de mes frères a trouvé une famille dans un parti politique. Je dirais que je l’ai trouvée très vite aussi dans les livres (une famille d’écrivains) mais ce serait induire le lecteur en erreur et laisser penser qu’il ne s’agit là que d’affinités intellectuelles. Je ne l’ai donc pas trouvé dans les livres et pour mon frère ce n’est pas l’idéologie du parti qui l’a retenu dans le parti mais des hommes et des femmes ; sans doute y a-t-il trouvé un père autre que son père naturel et un frère autre que moi. A ce jour je suis retourné à la VGA de Saint-Maur et y étant me suis rappelé d’autres salles de sports non pas privées mais municipales où quand ça a commencé à aller mal dans ma famille j’ai commencé à me retrouver comme chez moi. De cette longue habitude est née comme une certaine familiarité que j’ai avec les salles municipales et qui m’y font m’y sentir bien.
Autant dire qu’il n’y a pas plus de liens du sang que de liens de parenté entre moi et les autres personnes que j’y rencontre. « C’est bien petit » que j’entends dire à un haltérophile celui qui en aucune manière en est le père. Ce n’est pourtant pas anodin que ce soit « petit » qui lui soit venu à l’esprit. On retrouve les mots de la famille. Est-il besoin pour cela qu’il y ait un lien du sang ou de parenté ? Nullement. Ce que j’entends par là c’est que ce qui ne trouve plus à se réaliser à l’intérieur des familles trouve à se réaliser à l’extérieur des familles si l’on reste sur cette conception traditionnelle de la famille. Maintenant, si l’on pense que ce qui définit la famille plus que les liens du sang c’est la vie qu’on y mène et qui s’offre en partage, on peut mieux comprendre que si elle n’offre plus rien en partage la famille, que si la vie en son sein s’est tarie, elle continue ailleurs et dans les mêmes termes. S’il n’en reste plus que l’armature juridique, si elle n’est plus qu’un organe ou un tissu sclérosé, c’est ailleurs qu’on va chercher à vivre la famille.
Le chef ou leader d’un parti politique à une autorité naturelle tout comme l’entraîneur d’une salle de sport. Le père de famille n’a plus que l’autorité que lui donne la loi s’il ne sait pas avoir autorité autrement sur ses enfants qu’en les battant. Et pourquoi ils lui obéiraient s’ils ne trouvent pas eux-mêmes dans cette obéissance un enrichissement personnel, s’ils ne s’y retrouvent pas, car quand tout va mal dans la famille il n’y a pas que le père qui ne s’y retrouve pas il y a aussi les enfants qui ne s’y retrouvent pas. Si encore tout le monde avait à y gagner. Mais l’impression est plutôt que tout le monde a à y perdre. La famille n’est plus le lieu de vie, c’est-à-dire là où la vie non seulement s’entretient mais prospère, s’enrichit sur le plan matériel comme sur le plan humain. A la question qu’est-ce qui nous réunit tous sous le même toit qui saurait répondre autrement que les liens du sang, que la parenté, car rien n’est moins sûr que ce soit cela et cela seulement qui réunisse les êtres humains. Quelque chose a dû se perdre avec le temps et on aurait retenu pour essentiel ce qui s’avère incapable de faire que les familles restent famille.
Tayeb que je connais est très famille. Il faut vraiment que la famille aille mal pour que des gens comme Tayeb se retrouvent sans famille. C’est que la famille ne travaille plus pour la famille. C’est comme une entreprise qui ne travaillerait plus pour faire vivre ses ouvriers mais pour faire de l’argent. Elle peut aller alors jusqu’à licencier ses meilleurs ouvriers. La famille de Tayeb a licencié Tayeb. Si encore Tayeb n’était pas famille. A la VGA à Saint-Maur quelqu’un m’a dit s’étonner que quand bien même je me montre sympa je suis bien le seul à être rester dans mon coin et ceci depuis des années : je ne serais pas famille. Et pourtant on m’accueille comme si j’étais de la famille et ceci depuis des années. Et la meilleure dans tous ça c’est que je me sens aussi appartenir à cette famille sans chichis, (qui ne fait pas semblant d’être une famille, qui ne dit pas, ne prétend même pas, être une famille) et qui transpire comme des bêtes. Sans doute doivent-ils alors sentir en moi comme une odeur de famille. C’est bien peu je sais par rapport aux liens du sang et à la parenté mais si j’avais à choisir, qui a dit encore qu’on ne choisit pas sa famille ?
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