mercredi 17 mars 2021

Le Coronavirus n°12

 

On est privé des autres. Pire, l’autre est un ennemi. C’est le propre de l’état de guerre. Il y a du bon en cela que l’on ne connaissait pas notre bonheur et qu’on le connaît maintenant. On sait maintenant qu’on ne fait rien sans l’autre, que l’on ne peut pas se passer de l’autre, choses toutes deux que l’on avait trop tendance à croire ; et surtout qu’en tant de paix l’autre n’est pas notre ennemi, que l’homme n’est pas un loup pour l’homme comme on le dit et le répète sans bien, non pas le comprendre, mais le sentir. Et l’on ne sent jamais mieux que le manque et ce manque est le manque de l’autre. On ne savait pas à quel point l’on faisait société. On ne reçoit plus. On n’est plus reçu. Veut on aller à quelque endroit ? On le voudrait, mais si c’est partout zone sinistrée, si partout il manque quelque chose et que cette chose c’est de l’humain accueillant et chaleureux, où aller ? On en vient à ne plus rien vouloir. Et terré chez soi à ne plus rien faire de ce que l’on faisait. C’est là la plus grande leçon que l’on pouvait tirer du Coronavirus. On n’agit pas, on interagit. On veut aller au spectacle mais il n’y a pas de spectacle sans les autres. On est tous acteurs ou en représentation. Et il importe à chacun de voir l’autre comme d’agir avec l’autre. Et dire que l’on croyait pouvoir se passer de l’autre, que l’on croyait pouvoir mieux vivre sans l’autre, que l’enfer c’était l’autre, comme on aimait à le dire et à le répéter. On croyait par là faire preuve de connaissance quand on faisait preuve d’ignorance. Et tout cela que l’on disait en temps de paix, quand cette paix n’est plus en nous, quand cette paix n’est plus en l’autre, tous cela devient malheureusement vrai et c’est comme si l’on avait le malheur d’éprouver cette vérité quand la paix nous a quittée.

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