samedi 27 mars 2021

Des perruches à Saint-Maur

 

La première fois que je vis des perruches à Saint-Maur c’est d’une maison de maître qu’elles prenaient leur envol. Comme elles y revenaient aussi, sans s’en être jamais trop éloignées, je crus qu’elles avaient un propriétaire et une riche volière. Mais, quelque temps après, c’est sur les bords de Marne que je les retrouvais. Cette fois-ci c’était dans une vaste demeure particulière et d’une facture plus moderne qui s’élevait depuis peu de deux à trois étages au-dessus du niveau de la Marne, qu’elles avaient élu domicile. Décidément, ces perruches avaient des goûts de luxe. C’étaient les seules hôtes que l’on y voyait. Elles n’avaient pas, loin s’en faut, la discrétion qui convenait à leur rang, et leur criaillerie était aussi sans distinction, mais leur plumage…ah ! Sans mentir, si leur ramage se rapportait à leur plumage… puis, je me ravisais. Il y avait plus en retrait, et toujours sur les hauteurs, un château avec ses tours crénelés et son donjon dont on ne voyait pas davantage les occupants, mais une fois par an on entendait les pétards pétarader et des voix criardes montées dans la nuit éclairée des feux d’artifices du 14 Juillet. Et ces hôtes ailés, les perruches, où qu’elles soient, si on les voyait c’est parce qu’elles avaient la faculté de s’élever au-dessus des hauts murs qu’aucune vue, aussi perçante soit-elle, ne pouvait traverser de ces regards indiscrets, comme aiment en jeter les promeneurs des bords de Marne sur tout ce qui à leurs yeux représentent un paradis doré et le sommet de la richesse (toujours de plus en plus élevé), qui est aussi le comble manifeste de leurs illusions, des plus matérialistes aux plus romantiques, y aurait-il  une princesse qui se penche à sa fenêtre et laisse choir son mouchoir de dentelle ? Cela fait en effet appel à tout un imaginaire peuplé de châteaux et de palais et qui sait si l’on aurait préféré y voir de blanches colombes plutôt que ces oiseaux exotiques.

 

Seulement voilà, l’on ne construit plus de châteaux sur les bords de la Marne et ce qui s’y dresse sur deux ou trois étages sort tout droit de l’imagination d’un siècle qui n’en n’a plus et, qui ne se sentant pas trop à l’étroit dans le présent, ne fait plus beaucoup de concessions au passé. L’argent, c’est bien connu, n’a pas d’odeur, pourquoi alors, se dit-il, s’encombrer d’histoire et de traditions ? Ces perruches aux plumages si riches en couleurs diraient la nature changeante et plus colorée d’une richesse qui passe de main en main, et qui fait du dernier venu un parvenu qui n’ose pas encore trop se montrer sinon par des dehors avantageux plutôt que par un front audacieux ? (Plus me plaît le séjour qu’on bâti mes aïeuls/Que des palais Romains le front audacieux, Joachim Du Bellay). Il y a comme une neutralité de façade et d’usage qui ne montre plus rien ou plus que du design ; design qui lui-même ne désigne plus rien ni plus personne. Parce que sans marques ostentatoires les perruches les confondraient avec la nature environnante et en feraient leur territoire ? Les perruches aux criailleries de sibylles seraient-elles annonciatrices de temps nouveaux ?

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