mercredi 20 janvier 2021

Tels pères tels fils

 

Je ne pouvais pas comprendre que son fils ne reconnaisse pas en lui son père ni ne cherche a être par lui secouru. Etait-ce parce que mon ami l’était un peu pour moi qui n’avait eu du mien de père ni reconnaissance ni secours ? Etait-ce parce que mon ami plus âgé que moi était un peu comme le père que je n’avais pas eu ? Etait-il possible que son fils dont il ne parlait jamais se soit également trouvé des pères de substitutions qu’il aurait choisi, comme moi son père, pour amis, que ses amis comme mes amis aient l’âge d’être son père ? Et que tous ces pères ne voulant pas être père ou n’ayant pas su l’être avec leur fils savaient être des amis qui se comportaient comme des pères avec des amis qui auraient pu être leurs fils, mais ne l’étant pas facilitaient d’autant les choses ? Etait-ce aussi possible qu’à leur tour ces fils qui avec leurs pères véritables n’avaient sans doute pas su non plus se comporter en fils véritables se comportassent ainsi avec leurs amis qui avaient l’âge d’être leurs pères, mais ne l’étant pas facilitaient d’autant les choses ? Une loi naturelle qui est plus une loi des générations qu’aurait brouillé des conflits familiaux se trouverait ainsi pouvoir jouer à plein et démentirait ce que l’on croirait être réservé à la famille et aux liens familiaux alors que cela s’étendrait à l’humanité entière et fraternelle et ne ferait souvent que souffrir et qu’étouffer a être et resté confiné dans le milieu familial. Etions nous tous des pères ou des fils indignes, ou plus justement des pères et des fils qui ayant été, pour diverses raisons mais toutes familiales, empêché de l’être pouvions enfin et sous couvert d’amitié exercer en toute impunité ce potentiel affectif en nous resté inexploité ou inassouvi ?

"Votre père était mon conseiller, travaillait sur le secteur Kouaoua Nakety et Canal. Je l’ai connu pendant deux ans, il y a bien longtemps, il me suivait professionnellement, je garde de lui un excellent souvenir." Se comportait-il avec lui comme un père ? tandis qu’il avait ces deux garçons internes à Nouméa qui lorsqu’ils rentraient d’internat ne connaissaient de lui que le père fouettard. Ah ! qu’il est difficile d’être père de ses propres enfants. Ce père avait-il su être plus un père (que le conseiller pédagogique) avec Marcel Canel (qui de Nouvelle Calédonie m’adressait ce mail) qu’avec ses propres fils ? Ce père avait-il été en mal d’enfants quand ses enfants étaient en mal de père ? Qui croirait encore que seule la famille permet de faire vivre ces relations privilégiées comme il peut y en avoir entre un père et son fils ? On parle de liens du sang quand il s’agit de liens affectifs, car comment s’expliquerait alors qu’il puisse ne pas y avoir de relations entre un père et son fils et s’il y en a une que celle-ci change, évolue, s’améliore ou se détériore ? tandis que le sang lui reste le même. Comment en confondant les nourrissons on pourrait confondre les parents qui prennent pour leur enfant, l’enfant d’un autre, si par les liens du sang on reconnaîtrait entre tous son enfant ? Ne serait-ce pas plutôt que son enfant est celui avec qui des liens affectifs du type père fils vont se tisser ou pas ? Peut-on aussi parler de relations strictement professionnelles entre les personnes ? Existerait-il alors la distinction entre bonnes et mauvaises relations professionnelles ? Cela n’introduit-il pas un élément qui n’est plus d’ordre strictement professionnel mais humain et affectif ? Sans doute Marcel Canel ne pouvait pas comprendre qu’un fils ne reconnaisse pas son père comme son père. Un père est un père, qu’on dit.  Mais Simone de Beauvoir ne disait-elle pas : on ne naît pas femme on le devient. Cela ne m’autoriserait-il pas à dire : on n’est pas père à la naissance de son fils on le devient (ou pas) après ?

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