jeudi 7 janvier 2021

Retour à l'homme (et à la personnalité de l'homme)

 

J’ai dit que l’homme n’aime pas l’homme. J’aurais peut-être plutôt dû dire que la société désapprend à aimer l’homme en faveur de ce qu’il représente pour la société. Quant on parle de personnalité il y a une forte imbrication de l’homme et de la société, difficile certes à séparer sinon de façon toute théorique ou en opérant un subtil distinguo entre une personnalité inhérente à l’homme et une personnalité construite de toutes pièces par la société. Il n’est que de penser à l’aura de l’homme politique ou à son image médiatique. La société aime également, afin de nous faire apprécier non pas l’homme mais la société en l’homme, mettre en avant non seulement les titres de propriété mais tous les titres acquis par lui. Aimez-le ! Nous dit la société parce qu’il est ceci et cela encore, et encore ci et encore ça. Nous avons droit à une déclinaison de titres pour nous présenter quelqu’un que nous ne saurions ensuite voir et aimer autrement qu’à travers ses titres, c’est-à-dire à travers les différents masques tous plus élogieux les uns que les autres que la société a bien voulu lui accorder, lui faire porter. Le connaîtrions nous en tant qu’homme vivant à nos côtés qu’il pourrait en être différemment. Mais souvent les proches aussi se soumettent à cette image publique, celle qu’on veut bien en donner, sachant que celle qu’ils en ont est beaucoup moins reluisante, ou croyant le savoir parce qu’ils ont eux aussi désappris à aimer l’homme en faveur de ce qu’il représente pour la société.

Si l’on envisage maintenant la personnalité au plus près de l’homme c’est de sa manière d’être vivant et d’être avec le vivant que l’on parlera. Il n’y a plus là de propriétés et de titres ronflants. Et cela passe dans le langage par l’expression : quelle personnalité il dégage ! Je vais alors me contredire en disant que l’on peut encore aimer un homme ou une femme pour cette personnalité là, celle qu’elle dégage, qui émane d’elle, et non pas celle qui ressortisse de la société à laquelle elle appartient et sans laquelle elle ne serait rien. Mais combien de temps par exemple j’aime cette femme pour ce qu’elle est et non pas parce qu’elle est mienne ? Combien de temps va résonner en moi le nom de Sylvie comme au premier temps de nos amours où par ce nom vibrait en moi toute la personne ainsi nommée, c’est-à-dire sa personnalité, ce qu’elle dégageait, avant que je l’appelle ma femme ou lui donne un de ces petits noms certes affectifs mais la réduisant à moi, à ce qu’elle est pour moi, à ma propriété : ma petite chérie, mon choux, et j’en passe et des meilleurs, tant il semblerait que l’on soit affecté jusque dans sa façon de penser qui de pensée de l’homme devient pensée de la société. Par contre, si votre homme est médecin, avocat, professeur, que sais je encore, vous allez l’aimer toute la vie parce qu’il a non pas un titre de propriété (seulement la richesse, la propriété) bien que celui-ci vous le ferait aimer aussi pour la vie mais parce que ce titre de propriété est d’abord un titre de société au même rang que celui de médecin, avocat, professeur, que sais je encore. C’est que jusqu’en l’autre on a appris à aimer la société.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire