Prôner le retour à l’homme, je dis bien à l’homme et pas à la nature, car aucun parti n’a choisi d’être le parti de l’homme mais tous les partis d’être les partis de la société, d’une société étatique. Fortement ébranlée elle cherche en vain à se consolider, comme à se fédérer ou se confédérer à d’autres nations, on pense aux Etats-Unis d’Amérique, un peu à l’Europe, voire même à faire appel à des organismes dit internationaux et qui n’ont d’internationaux que le nom car dépendants d’états nations, c’est-à-dire étant eux aussi des sociétés étatiques. Or c’est sa structure même, la structure de la société étatique, qui est compromise, sa structure ou cadre juridico-politique qui n’est plus reconnu, mais par qui ? Non pas par les partis qui comme on l’a dit sont des partis d’états, mais par l’homme. C’est que l’homme ne reconnaît plus que l’homme, c’est-à-dire encore, l’homme comme lui, d’où la naissance du communautarisme que l’on craint parce que la société établie (ou une fois établie) n’a jamais fait que craindre l’homme (vu alors comme un élément déstabilisateur et non plus édificateur). Bientôt les migrations de populations qu’aucune société étatique, qu’aucun cadre juridico-politique, ne pourra retenir plus longtemps, feront que les hommes qui déjà ne répondent plus à l’appel de la société étatique mais répondront toujours à l’appel de l’homme leur frère, les rejoindront au sein d’une communauté qui déjà fait fi de toute territorialité juridico-politique. La société sans nation que l’on pouvait appeler de ses vœux fera l’effet d’un raz de marée dévastateur par tout ce qui va être balayé si on ne lui prépare pas le terrain. Et là-dessus la meilleure stratégie reste celle des Russes laissant le champ libre aux allemands, les laissant s’enfoncer dans les lignes ennemies car, faut-il le répéter, toute société organisée s’organise contre l’homme. Il faudra pourtant laisser l’homme lui-même s’organiser et, en bonne intelligence, lui apporter même de l’aide, car il finira par en demander, et c’est là que la vieille société étatique, si elle veut qu’un petit quelque chose d’elle demeure quand bien même ce serait sous une autre forme, mais cette forme sera toujours humaine, devra intervenir et ceci de sorte qu’on lui soit gré et au minimum dépose des gerbes de fleurs sur sa tombe et vienne l’honorer et la commémorer, lui laisse une place dans l’histoire de l’humanité, c’est-à-dire des hommes plutôt que l’histoire des sociétés qui est comme l’histoire des idées, or ce sont les hommes qui ont des idées pas les sociétés. Il ne faudra donc pas que les partis de société continuent plus longtemps à les agacer avec leurs vieilles idées, idées de vieilles sociétés, sans les laisser en placer une, car leur idée ne sera pas une idée figée mais une idée en marche qu’on ne pourra pas arrêter. Suivre le mouvement, l’accompagner gentiment, souplement, ne pas se raidir, aller dans le sens de la vie, voilà tout un programme qui n’a pas froid aux yeux : c’est le programme des vivants, et c’est l’autre qui est à craindre, celui qui fera des morts. C’est qu’il n’est jamais qu’un seul parti à prendre et c’est le parti de l’homme (et pour lui le pessimisme n’est pas de mise).
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