jeudi 3 décembre 2020

Le spectacle de la souffrance humaine

 

On l’a eu notre KO. Quelle témoignage d’insensibilité à la souffrance humaine de la part de journalistes sportifs que de dire : on l’a eu notre KO. Mais il ne faut pas trop se hâter de juger. Ces mêmes journalistes sont les premiers à se demander pourquoi l’équipe du boxeur ou le médecin ou l’arbitre ne jette pas l’éponge. On pourra relever aussi, chose plus étonnante, que c’est rarement, comme l’on pourrait l’espérer, le médecin qui intervient sinon l’arbitre. Passons là-dessus bien que cela soit lourd de significations, et revenons à notre propos. L’important n’est pas d’y allé de notre sensibilité, à qui saura se montrer le plus sensible, en commençant par ceux qui refuseront de regarder une corrida ou un match de boxe, mais ne se lasseront pas de voir à la télé l’effondrement des tours jumelles du World Trade Center. Ne jugeons pas non plus cette sensibilité, ces degrés de sensibilité, ni leurs degrés de véracité, d’authenticité, et de comédie que l’on se jouerait à soi-même. Il ne s’agit même pas ici de parler de la bête qui est en nous et veut être trompé, selon Nietzsche. Non, mais du point de basculement, de quand notre sensibilité à la souffrance humaine devient sensibilité au spectacle de la souffrance humaine.

C’est alors une sensibilité esthétique. Le coup a été foudroyant, précision, vitesse, puissance, parfaite exécution technique, c’est le connaisseur qui parle, il est journaliste sportif et relève l’exploit sportif réalisé dans toute l’excellence de l’art. La victime du KO fait partie du tableau, sans elle il n’y aurait pas de tableau, pas plus qu’il n’y aurait pour des millions de gens de tours jumelles du World Trade Center sans leur effondrement qui a causé des milliers de victimes et produit ce tableau du désastre repassé des centaines de fois sur les chaînes de télé du monde entier. Qu’est-ce qui a fait que certains d’entre nous l’ont regardé en boucle ? Peut-on les taxer pour autant comme les journalistes sportifs d’un match de boxe disant : on l’a eu notre KO, d’insensibilité à la souffrance humaine. Parce qu’ils ont dit cela et aussi parce qu’ils ne sont pas sans avoir éprouver un certain plaisir à le voir et à le revoir. Comment l’expliquer autrement que par ce déplacement, ce passage d’une sensibilité à la souffrance humaine à une sensibilité au spectacle de la souffrance humaine qui elle serait esthétique, c’est-à-dire dénuée de sentiments autres qu’esthétiques.

 

                                                                                                                            

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