Quand je vois une maison avec un rajout je me dis voilà encore un héritage et, tant la marque de l’héritage qui s’inscrit ainsi me parait hideuse, que je voudrais en éradiquer l’institution. Je préfère encore entendre les plus conservateurs d'entre nous, comme si ils étaient animés par une âme révolutionnaire, dire, et j’en avais bien ri, qu’eux ils commenceraient par tout détruire avant de tout reconstruire, faisant table rase du passé, mais ne refusant pas l’héritage. Je pensais moqueur au concept de déconstruction de Derrida. Mais Derrida commence par rendre hommage à ce à quoi il s’en prend, puis je me reprenais, cet hommage n’est pas strict respect ou fidélité totale à l'héritage mais plutôt à la vie « il faudrait penser la vie à partir de l’héritage, et non l’inverse » écrit Derrida, ce qui autoriserait -- la vie étant perpétuel changement et devenir, croissance -- quelques modifications ou agrandissement. Derrida ne s’opposerait donc pas à ce rajout le prenant comme une réaffirmation de l’héritage qui selon lui est son acceptation tout en le reprenant autrement de sorte à le maintenir ainsi en vie. Il faut pourtant reconnaître que ces rajouts ne sont pas très heureux et dénaturent toujours l’édifice auquel ils s’accolent, que le mauvais goût y est plus fréquent que par exemple le sens de la mesure, que la modernité semble davantage contrarier la tradition, se l’aliéner que se la concilier. Qui se permettrait de faire un rajout à une pyramide. On a vu combien déjà l’inverse était osé, combien cela avait choqué qu’une pyramide fasse office de rajout, d’agrandissement d’un musée, quand bien même faisait office de modernité ce qui était encore plus ancien. Ce sont en effet souvent de vieilles maisons en pierre de taille, ou de vieilles maisons de maître, qui se voient accoler d’une pièce ou structure en ciment ou béton armé, quand ce n’est pas d’un étage supplémentaire, car on n’arrête pas non plus la folie des grandeurs et celle de la démesure. Vous me direz que le temps n’a pas plus de respect pour ce qui lui est livré si l’on considère les ruines qu’il nous a laissé des monuments du passé. Et il est enfin une dernière considération qui me fait revenir sur la mienne. On ne penserait pas mieux des héritiers qui se contenteraient d’occuper les lieux ni plus ni moins, comme ce parasite de Bernard l’Hermite qui s’arrange de toute coquille laissée vacante par son propriétaire et l’occupe sans y apporter nulle modification. Ces vieilles maisons ont sans doute connues plusieurs héritiers sans se voir rien rajoutées, car il en est encore que j’aime pour cela, ou comme on peut aimer les ruines. Y en a-t-il pour qui la vie ne serait jamais hideuse ? Comme une substance répugnante qui se répandrait de façon informe et sans contraintes ni mesures, si celles-ci ne lui étaient pas imposer par justement un certain sens de l’esthétique et de l’éthique, lui proprement humain, lui l’héritage.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire