vendredi 16 octobre 2020

Le couvre-feu

 

Inconscients, irresponsables, qui seraient (accusation suprême) à l’origine du mal, de sa propagation. L’idée qu’il ne les ai pas attendu le mal pour se propager, qu’aucun d’eux n’en soit la cause originelle, ne frappe personne, car ce qui frappe tout le monde et plus que le mal c’est la peur du mal que l’on entretient (sûrement pour rassurer les gens) en le montrant dans ce qu’il a de plus effrayant et n’est pas encore lui mais l’appareillage médical. Si toutefois la peur du mal restait insuffisante on y ajoute la peur du gendarme. La peur du docteur et la peur du gendarme n’ont jamais été aussi proches. Tout deux sont chargés de mettre un peu d’ordre dans tout ça : votre organisme et cet autre organisme qu’est la société. Non ! Le discours répressif n’est plus l’apanage du gendarme, pas plus que le caractère ségrégationniste des mesures envisagées. Qui a voulu que l’on enferme les vieillards ? Qui aussi a parlé de guerre contre le Covid 19 ? Ainsi, on peut tout aussi bien faire de vous un héros qu’un traître, le résultat (soit dit en passant) est le même : parmi les traîtres comme parmi les  héros on compte peu de survivants.

 

Le couvre-feu voilà encore de quoi vous rassurer ? Si vous n’aviez pas suffisamment peur du Covid et les uns des autres (l’ennemi est parmi nous) on instaure le couvre-feu. Ainsi, ceux qui ne respectent pas le couvre-feu comme ceux qui ne portent pas le masque seront les ennemis tout désignés (enfin l’ennemi à un visage, est à découvert). Il sera livré à la vindicte, il y aura de la délation. C’est normal c’est la guerre c’est le couvre-feu.

 

Soyons sérieux dira t-on (toujours cet appel au sérieux), il s’agit là d’une épidémie dont on doit se préserver (pardonnez-moi l’expression) comme de la peste, pas d’un ennemi auquel il faut faire face mais fuir. Qui a parlé de guerre ? Et qui parle maintenant de couvre-feu ? Il faut alors en tirer les conséquences ultimes. Ce n’est pas sérieux de ne pas aller jusqu’au bout de sa réflexion. On pourrait dire qu’il est effectivement autrement plus dangereux de défendre sa ou ses libertés en temps de guerre qu’en temps de paix et qu’à sa ou ses libertés certains peuvent y tenir plus qu’à leur vie ou qu’à une vie sans ses libertés (parce que si la situation venait à durer le problème viendra à se poser en ces termes) comme sans ce vivre ensemble dont on parle tant par ailleurs. Les résistants en temps de guerre ont d’abord été des résistants de la liberté (refusant que celle-ci soit aliénée et contre tout pouvoir y participant) accusés de causer la mort des autres par leurs actes inconscients, irresponsables qui seraient (accusation suprême) à l’origine du mal,  c’étaient des terroristes, des traîtres. Rien ne dit non plus que ceux qui s’exposent (plus que ceux qui s’opposent, médecins et politiciens) aux défenses que leur organisme va développer, les plus frileux d’entre nous restés bien au chaud chez eux ne devront pas leur survie. Rien n’est moins sûr aussi que les résistants aient respecté le couvre-feu.

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