samedi 16 mai 2020

La croyance


Aujourd’hui je peux m’attaquer à la religion qui n’est plus une religion d’état dans un état laïque qui ne se réclame pas de la religion. Mais la croyance demeure. Et elle a toujours sa doctrine et ses dogmes. Qui s’attaque à l’un d’entre eux fera la preuve de son existence, de sa permanence, qui n’est autre que celle de votre croyance actuelle, en subissant votre désapprobation, en faisant l’objet de votre courroux.

Si l’homme ne croit plus à l’immortalité de l’âme il ne veut toujours pas mourir. La santé est un nouveau dogme. Si en temps normal vous suivez les prescriptions médicales ou si en cas de pandémie vous respecter les gestes barrières il ne vous arrivera rien de mal, vous ne mourrez pas. Mais si je vous dit que les gestes barrières c’est de la foutaise, de la poudre aux yeux, et que cela ne vous protègeras pas plus du Covid-19 (priez plutôt pour que le virus ne soit plus là, ce qui aura en réalité tout autant d’effet) que n’importe quel médicament sur le marché du médicament ne vous empêchera de mourir de la maladie dont vous êtes atteint, car la mort fini toujours par venir sous une forme ou sous une autre que vous le vouliez ou non. Reculer pour mieux sauter, voilà ce que l’on appelle la longévité, l’accroissement de la durée de vie, mais dans quel état ? L’on parle d’euthanasie, quand l’état est souvent plus redouté et redoutable que le mal. Dans quel état de confinement et autres mesures restrictives, de contrôle, de surveillance ; et surtout de défiance mutuelle, de récriminations, de rejet de l’autre, d’ostracisme ; c’est encore supportable, oui, mais si cela devait aller plus loin et durer plus longtemps serait-ce encore vivable ? Et cela au nom d’un nouveau dogme : la santé qui est comme l’immortalité du corps puisqu’on a définitivement renoncé à son âme qui bien sûr n’existe pas et par conséquent à son immortalité qui n’existe donc pas non plus.

Hume en 1750 et des brouettes écrivit ce que je vais transcrire parce que je ne saurais le dire aussi bien que lui quoique je le puisse penser tout autant que lui : Je nie la providence, dites-vous, je nie qu’un gouvernement suprême du monde guide le cours des événements, punisse les vicieux par l’infamie et le désespoir, et récompense les vertueux par l’honneur et le succès dans toutes leurs entreprises. Il est entendu que pas plus que Hume ou que moi-même et parce que vous êtes de notre temps qui est dit-on celui des incroyants, vous ne croyez pas en une volonté divine qui punirait les méchants et récompenserait les bons. Mais moi je ne dirais pas de vous que vous êtes incroyant, vous ne croyez plus en Dieu certes, et en toutes ces croyances qu’il pouvait y avoir autour de la volonté divine ; mais vous croyez en l’homme et en toutes ces croyances qu’il peut aujourd’hui y avoir autour de la volonté de l’homme. Le mérite est un nouveau dogme. Vous croyez à l’école du mérite. Vous croyez à la société du mérite. Vous croyez que la société du mérite guide le cours des événements, punisse les vicieux (ceux qui n’ont aucun mérite) par l’infamie et le désespoir, et récompense les vertueux (ceux qui ont tous les mérites) par l’honneur et le succès dans toutes leurs entreprises. Et qui prétendra le contraire fera la preuve de son existence (celle du dogme du mérite), de sa permanence, qui n’est autre que celle de votre croyance actuelle, en subissant votre désapprobation, en faisant l’objet de votre courroux.

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