Aujourd’hui je peux m’attaquer à la religion qui n’est
plus une religion d’état dans un état laïque qui ne se réclame pas de la
religion. Mais la croyance demeure. Et elle a toujours sa doctrine et ses
dogmes. Qui s’attaque à l’un d’entre eux fera la preuve de son existence, de sa
permanence, qui n’est autre que celle de votre croyance actuelle, en subissant
votre désapprobation, en faisant l’objet de votre courroux.
Si l’homme ne croit plus à l’immortalité de l’âme il
ne veut toujours pas mourir. La santé est un nouveau dogme. Si en temps normal vous
suivez les prescriptions médicales ou si en cas de pandémie vous respecter les
gestes barrières il ne vous arrivera rien de mal, vous ne mourrez pas. Mais si
je vous dit que les gestes barrières c’est de la foutaise, de la poudre aux
yeux, et que cela ne vous protègeras pas plus du Covid-19 (priez plutôt pour
que le virus ne soit plus là, ce qui aura en réalité tout autant d’effet) que
n’importe quel médicament sur le marché du médicament ne vous empêchera de
mourir de la maladie dont vous êtes atteint, car la mort fini toujours par
venir sous une forme ou sous une autre que vous le vouliez ou non. Reculer pour
mieux sauter, voilà ce que l’on appelle la longévité, l’accroissement de la
durée de vie, mais dans quel état ? L’on parle d’euthanasie, quand l’état
est souvent plus redouté et redoutable que le mal. Dans quel état de
confinement et autres mesures restrictives, de contrôle, de surveillance ;
et surtout de défiance mutuelle, de récriminations, de rejet de l’autre,
d’ostracisme ; c’est encore supportable, oui, mais si cela devait aller
plus loin et durer plus longtemps serait-ce encore vivable ? Et cela au
nom d’un nouveau dogme : la santé qui est comme l’immortalité du corps
puisqu’on a définitivement renoncé à son âme qui bien sûr n’existe pas et par
conséquent à son immortalité qui n’existe donc pas non plus.
Hume en 1750 et des brouettes écrivit ce que je
vais transcrire parce que je ne saurais le dire aussi bien que lui quoique je
le puisse penser tout autant que lui : Je nie la providence,
dites-vous, je nie qu’un gouvernement suprême du monde guide le cours des
événements, punisse les vicieux par l’infamie et le désespoir, et récompense
les vertueux par l’honneur et le succès dans toutes leurs entreprises. Il
est entendu que pas plus que Hume ou que moi-même et parce que vous êtes de
notre temps qui est dit-on celui des incroyants, vous ne croyez pas en une
volonté divine qui punirait les méchants et récompenserait les bons. Mais moi je ne
dirais pas de vous que vous êtes incroyant, vous ne croyez plus en Dieu certes,
et en toutes ces croyances qu’il pouvait y avoir autour de la volonté
divine ; mais vous croyez en l’homme et en toutes ces croyances qu’il peut
aujourd’hui y avoir autour de la volonté de l’homme. Le mérite est un nouveau
dogme. Vous croyez à l’école du mérite. Vous croyez à la société du mérite.
Vous croyez que la société du mérite guide le cours des événements, punisse les
vicieux (ceux qui n’ont aucun mérite) par l’infamie et le désespoir, et
récompense les vertueux (ceux qui ont tous les mérites) par l’honneur et le
succès dans toutes leurs entreprises. Et qui prétendra le contraire fera la
preuve de son existence (celle du dogme du mérite), de sa permanence, qui n’est
autre que celle de votre croyance actuelle, en subissant votre désapprobation,
en faisant l’objet de votre courroux.
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