Quand les extraterrestres lui demandèrent si, comme il
y avait des extraterrestres savants, il y avait aussi des hommes savants, le
Rapporteur rapporta qu’on les appelait des scientifiques, mais qu’il n’avait
pas eu la chance ou l’occasion de croiser de tout son séjour parmi les hommes
un seul scientifique, pas plus d’ailleurs que toute autre personnalité ou autorité
sur terre, précisa le Rapporteur, mais qu’à la télé oui, cela avait été
possible, comme il était possible à tout homme de voir la télé, et qu’il n’y
avait qu’à la télé que se donnaient à voir et à entendre ceux qu’autrement il
n’était pas donné au commun des mortels de voir et d’entendre, sans quoi les
hommes pourraient même douter de leur existence quand c’est l’inverse qui se
produisait : les hommes pouvaient douter de leur mort quand ils continuaient
de les voir et de les entendre à la télé alors qu’ils étaient morts et enterrés
depuis longtemps. Après ce petit aparté le Rapporteur dit aux extraterrestres
qu’ils devraient donc se contenter d’une émission scientifique et de ce qu’il
avait pu en retenir. Les extraterrestres regrettèrent plus que jamais de
n’avoir pas envoyé le plus savant des leurs. Mais le Rapporteur plus encouragé
par son ignorance (car il n’y a rien de plus encourageant que l’ignorance ou la
bêtise) que par les extraterrestres s’était déjà lancé à leur faire son rapport
et personne n’aurait pu l’arrêter.
Il suffit d’un simple laser, dit le Rapporteur,
stimulant une zone du cerveau commandant une action précise du corps, comme si
l’on eu appuyé sur un bouton, pour décider du débat philosophique entre libre
arbitre et déterminisme. On demande à un homme de décider quelle main il veut
bouger, mais après le stimuli c’est l’autre main qu’il bougera. On aura
enregistré au préalable son intention première, car, bien que contrariée (sa
volonté) par le stimuli, il dira encore avoir voulu et pensé bouger la main qui
aura bougé. Les scientifiques s’amusent de cet homme qui croit encore être à
l’initiative, aux commandes de sa vie, de sa mauvaise foi ou de son
inconscience. Puis une autre expérience est faite, poursuivit le Rapporteur,
pour rassurer les hommes et leur dire que s’il y a déterminisme on ne peut pas
pour autant connaître plus la destinée humaine que la trajectoire déterminée d’une
multitude de balles de ping-pong. Une balle de ping-pong est lâché à cet effet
au-dessus d’une boite contenant des dizaines d’autres balles qui heurtées par
elle se mettent en mouvement, et c’est le mouvement de cet ensemble de balles
qui devient difficile, voire impossible, à suivre. Puis, le Rapporteur rapporta
cette dernière considération que l’on fit aux hommes à peu près en ces
termes : que, comme il y a mille fois plus de neurones dans leur boite crânienne que
de balles de ping-pong dans la boite en question, il serait encore plus
difficile de connaître et de suivre la trajectoire d’une vie humaine malgré
qu’elle soit déterminée, que celles des dizaines de balles de ping-pong.
Mais c’est encore, dit le Rapporteur qui ne pu
s’empêcher d’y aller de son commentaire, quand un homme se tourne et se retourne
dans sa vie sans arriver jamais à en sortir qu’il fait le mieux, mais à titre
personnel, l’expérience de ce déterminisme et de l’impuissance de sa volonté de
changement. Et c’est aussi pour cet homme une illusion que de penser que sa vie
se réduit à une seule trajectoire, qu’elle n’est pas plutôt le résultat de
trajectoires diverses comme de divers déterminismes ou balles de ping-pong, et ceci
bien que jetées de façon aléatoire dans le vide. Si l’on y regarde bien il
ne pouvait en être autrement. Le Rapporteur aimait pour illustrer son
propos rapporter les expressions des hommes. Puis il dit aux
extraterrestres : on ne va pas maintenant reprendre le débat philosophique
sur le libre arbitre quand la science affirme avec force et conviction et moult
tests scientifiques à l’appui que l’on est déterminé par nos gênes et par nos
neurones, et en cela les sciences font bloc entre elles. Ainsi, la sociologie
parle de déterminisme social : le milieu, l’éducation… Enfin, la part de
liberté qu’il resterait à l’homme est si dérisoire que le Rapporteur ne savait
pas si l’on pouvait encore parler de liberté. Mais, conclut-il, si les hommes
ne sont que des pantins désarticulés ce n’est plus Dieu qui en tirerait les
ficelles. Les scientifiques avaient pris les choses en main.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire