Je me tiens longtemps dans cet état, où ni je dors ni
je ne dors pas, à réfléchir sur moi et sur ma vie, qu’on pourrait donc dire
propre à la méditation et la sagesse quand c’est de ne pas l’avoir toujours été
et d’y penser trop tard qui me tient éveillé si l’on peut appelé cet état un
état d’éveil. L’endormi qu’on disait de moi au temps où quand je dormais je
dormais profondément et où quand j’étais éveillé je l’étais tout à fait. Eh
bien ! C’est aujourd’hui qu’on pourrait parler de moi comme de l’endormi
car, bien que je le sois moins que jamais, je l’apparente plus que toujours.
Mais s’il me revient ce nom d’endormi c’est qu’il me presse encore d’être ce
que je n’ai jamais été : un être actif ou propre à l’action. A vrai dire :
on vante plus les mérites du fou que du sage. Une guerre n’est-elle pas une
action folle quand bien même elle est couronnée de succès ? Toutes les
entreprises humaines ne sont-elles pas des actions folles quand bien même elles sont
couronnées de succès ? M’as t-il manqué un peu de courage ou un peu de
folie ? Et celui que l’on appelle sage n’est-il pas comme moi qu’un
endormi ?
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