vendredi 22 novembre 2019

Le porteur de rêves


C’est tes rêves que tu dois écouter, pas les tueurs de rêves et la raison. Nietzsche a dit : Dieu est mort, mais c’est Nietzsche qui est mort et Dieu vit toujours dans le cœur et dans l’âme des hommes, car c’est là où il trouve sa place véritable. Il en est ainsi de tous les rêves : c’est du cœur et de l’âme des hommes qu’ils partent, pas de l’imagination comme on le dit trop souvent et à tort ou sous le couvert de la raison. Si tu veux que je te parle des plus grands rêves de l’humanité après t’en avoir citer le premier : le rêve d’immortalité, tu dois d’abord te défier des tueurs de rêves et de la raison. Car ils ne feront pas appel à ton cœur, pas plus qu’à ton âme, baliverne que tout ça à leurs yeux lucides et froids, mais ils feront appel à la raison. Ce sont les hommes gris, la raison les rend tristes, ils n’ont pas comme toi les yeux qui brillent.

C’est qu’il n’y a aucun rêve qui ne résiste à la raison. La raison est une tueuse de rêves. Et une fois que la raison a tuer tous les rêves des hommes elle s’en prend à l’homme lui-même. C’est la raison d’état qui leur commande de faire la guerre. C’est la raison économique quand on parle des lois du marché qui prévaut sur l’homme qui lui en fait les frais. On parle aussi de la raison du plus fort. C’est que le règne de la raison sera aussi le règne du plus fort. Il aura les yeux ternes et froids comme les yeux des morts.

Mais toi qui a les yeux qui brillent tu es bien vivant. Tu es jeune et amoureux. C’est ton premier rêve : l’amour. Il vient du cœur et de l’âme, pas de l’imagination. Quoiqu’en dise la raison tueuse de rêves. C’est comme dire que l’amour n’existe pas. Tu en es pourtant la preuve vivante. Soit en la preuve vivante et n’écoute pas la raison tueuse de rêves. Soit comme moi porteur de rêves, des rêves les plus fous, dira la raison tueuse de rêves. Le rêve communiste. Oui ! Pourquoi pas le rêve communiste d’une société sans classes, sans inégalités et prônant l’avènement du genre humain. Le rêve américain. Oui ! Pourquoi pas le rêve américain qu’une personne par son travail, son courage et sa détermination, peut devenir riche. Il y a qui les oppose au nom de la raison mais ce sont tous deux des rêves de bonheur. N’écoute pas plus les anti-communistes que les anti-impérialistes, ce ne sont que les hommes gris et tristes qui ont oubliés tous les rêves de l’humanité : nos rêves de jeunesse, comme les rêves de nos pères, et qui au nom de la raison tueuse de rêves veulent nous faire expier cette faute qui serait d’avoir rêvé.

Je suis le porteur de rêves et je vais te rapporter maintenant, pour illustrer mon propos, cette histoire que j’ai lue de deux aveugles conteurs et joueurs de luth qui allaient de village en village. Le vieil aveugle parla au jeune aveugle de cette ordonnance, un papier enfermé dans le ventre de son luth, qu’il ne pourrait prendre, lui avait dit son vieux maître qui l'y avait mise, qu’une fois qu’il aurait casser mille cordes les unes après les autres, en  jouant, et où il devait y avoir inscrit le nom de ce médicament qui lui permettrait alors de recouvrir la vue. Cinquante ans passèrent. Mais la dernière corde cassée personne ne pu rien lire sur l’ordonnance parce qu’il n’y avait rien à y lire. Rendu à cette cruelle réalité le vieil aveugle dit cependant au jeune aveugle qui lui demanda ce qu’il en était : Souviens-toi, il faut casser mille deux cents cordes. Et il mit le papier blanc dans le luth du jeune aveugle. Ces deux cents cordes de plus assuraient qu’il n’aurait pas comme lui le temps de donner à lire l’ordonnance vierge, comme quoi nos rêves les plus fous sont les meilleurs (parce que moins réalisables).

Nos rêves comme les cordes du luth nous tiennent tendu vers un but, peu importe si le but est chimérique car sans les cordes bien tendues on ne  pourrait pas bien jouer et quand on a bien joué, c’est l’essentiel, disait le maître du vieil aveugle alors qu’il était encore jeune et ne pouvait pas comprendre le sens de ces paroles. Et je te dis à mon tour d'être comme le porteur de rêves, car ce ne sont pas nous qui portons nos rêves mais nos rêves qui nous portent.

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