Il en était tout étonné. Il allait retourner à la
salle pour retrouver ses sensations. Quand il se rappelait ses jeunes
années où il y allait, pensait t-il, parce qu'il voulait de gros muscles
pour qu’on ne l’embête plus, mais aussi pour ressembler à ces culturistes qu’il
voyait dans les magazines spécialisés et qu’il trouvait beaux, aussi beaux que
ces statues grecques que l’on pouvait voir dans les musées, sauf qu’eux ils
existaient bel et bien, ils étaient en chair et en os, il en avait même fréquenté
quelques uns qui étaient devenus ses partenaires d’entraînement. Il les
trouvait toujours beaux mais n’avaient plus envie de leur ressembler. Tant
mieux. Parce qu’il était trop tard. Les modèles étaient tombés comme tombent d’anciens
idoles. Un moment il avait pensé ne plus trouver la force et la motivation de
continuer. Il s’était même dit que s’il continuait c’était comme porter par
l’élan de ses jeunes années, et que cela ne
faisait que montrer combien cet engouement pour la musculation avait été
fort, mais aussi que cela s’arrêterait comme s’arrête une toupie de tourner. Ce
n’était toujours pas le cas. Une force motrice devait donc toujours le pousser
a allé à la salle de muscu, comme il disait, une expression qu’il rapportait
d’un temps où il passait des heures et des heures à s’entraîner.
Cette semaine il n’était allé qu’une fois et ça lui
manquait, ça manquait à son corps. Le monde des sensations c’est le monde du
corps. Et il comprenait enfin qu’il avait vécu immergé, comme rentré dans son
corps, unique source de plaisirs, pendant de nombreuses années. Il ne se
référait pas à ses sensations que peuvent nous procurer nos cinq sens, tous
tournés vers l’extérieur et sa perception. Il n'en revenait pas que le
culturiste qu’on croyait tourné vers le monde des apparences, parce que
cultivant son apparence, soit en fait un être introverti. N’était-ce pas
d’ailleurs ce qu’il était : un être introverti, tout entier tourné vers
l’intérieur. La recherche des apparences ne tiendrait le culturiste qu’en
apparence. En réalité ce qui le tient c’est son corps, le monde intérieur des
sensations que lui procure son corps. Et pas au même titre que les autres
sportifs. Bien sûr, l’adrénaline. Bien sûr, les hormones. Mais quand tous les
autres sportifs recherchent la performance le culturiste lui est à l’écoute de
son corps, de la sensation. Quand il s’entraîne il lui faut avant tout avoir de
bonnes sensations.
D’abord cette brûlure procédant d’un effort intense. Je
veux la brûlure. Et je lui fais ce café qui lui procure cette sensation de
plaisir qu’est la brûlure. Ça ne vous servirait à rien de savoir de qui je
parle, pas plus que de connaître la marque du café, mais de savoir que le
culturiste à l’entraînement recherche aussi cette sensation de brûlure. Mais il en
est une autre de sensation sans laquelle aucun progrès n’est possible en culturisme et celui
qui croit être attaché à ses progrès ignore combien il est et deviendra de plus
en plus accroc à cette sensation nouvelle — qu’est le phénomène de congestion
musculaire — due à l’afflux de sang dans le muscle exercé. Il tachera même de
l’entretenir le plus longtemps possible. Ce n’est pas tout, et là aussi, plus
il s’agira d’un culturiste aguerri, plus la sensation sera forte. Il en viendra
à sentir chaque muscle. Un peu de physiologie d’abord. Ce qu’on appelle
l’épaule et que les culturistes connaissent comme étant le deltoïde se divise
en deltoïde antérieur, moyen et postérieur. Eh bien, il faut savoir que le
culturiste pourra travailler et ressentir son deltoïde antérieur ou moyen ou postérieur,
c’est-à-dire une partie seulement de l’épaule. Il n’est pas sûr que les yogis
eux-mêmes en arrivent à une telle maîtrise de leur corps, peut-être, mais pas
de ressenti, de sensations. Qui n’a pas vu un culturiste « faire des
vagues » avec ses pectoraux ? En fait, il n’y a pas une fibre musculaire
qui lui échappe.
C’est tout son corps qu’il sent vibrer. Un corps traversé de sensations. Un corps vivant qu’il ne sentait pas vivre avant de pratiquer la musculation. Et c’est donc cette urgence à le sentir à nouveau vivre qui le conduisait invariablement et immanquablement à la salle de muscu.
C’est tout son corps qu’il sent vibrer. Un corps traversé de sensations. Un corps vivant qu’il ne sentait pas vivre avant de pratiquer la musculation. Et c’est donc cette urgence à le sentir à nouveau vivre qui le conduisait invariablement et immanquablement à la salle de muscu.
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