Je ne
dispose que de très peu de temps et d'encore moins de mémoire, et
je n'aime pas non plus raconter des histoires, mais cela n'est pas
une histoire : c'est un fait divers qui nous vient du Japon où
je ne suis jamais allé. Je parlais avec un ami de préjugés de
classe et comme je ne pensais pas que cela existât ailleurs qu'ici
il me rapporta donc ce que lui avait dit de sa jeunesse un collègue
nippon, et qui le surpris comme cela vous surprendra.
Kyoto, un
jeune homme timide, un jeune homme timide aux yeux bridés, dois-je
préciser, mettait pour la première fois de sa vie les pieds dans
une boite de nuit. La vision kaléidoscopique qu'il eut de cette
fille était sans doute le fait des spots qui l'éclairaient par
intermittence et de façon partielle. Lui apparaissait alors une
jambe ou un bras, une épaule dénudée, sa chevelure longue et
soyeuse, enfin son visage rapidement entrevu, qu'il crut reconnaître
comme étant celui d'une cousine éloignée, c'est ce qui lui donna
le courage de l'aborder. Elle l'avait bien remarqué elle aussi, mais
elle lui dit ne pas être sa cousine. Kyoto se rendit alors bien
compte qu'elle était plus jolie que sa cousine, et elle s'appelait
Siutu quand sa cousine s'appelait Chiutu, ce qui fait une grande
différence pour un japonais. Elle avait aussi des yeux beaucoup
moins bridés que les siens, mais qui sous l'agression permanente des
spots lumineux tendaient naturellement à se refermer.
Siutu devait
partir. Kyoto se proposa de l'accompagner. Il lui dit ne pas se
sentir bien, que c'était la première fois qu'il venait en boite de
nuit et que tout ce bruit et toute cette lumière finissaient par
l'étourdir. Cela fit rire Siutu qui, comme pour se faire pardonner
d'avoir rit de lui, l'embarqua vers la sortie en le prenant par la
main. Dehors, Kyoto trouva Siutu encore plus belle et surtout elle se
présentait toute entière à sa vue et il ne se lassait pas de la
regarder. Mais qu'est-ce que tu as à me regarder comme ça,
dépêche toi, ne vois-tu pas que je suis pressé, lui
dit Siutu. Et puis elle partit d'un grand rire qui aurait fait rougir
Kyoto si Kyoto n'avait pas été Japonais. Siutu cependant vit bien
qu'elle le troublait. Tu avais raison Kyoto je suis ta
cousine éloignée. Et elle
repartit d'un grand rire. Siutu était jeune et aimait bien s'amuser.
Kyoto rit un peu avec elle, mais serra encore plus fort la main de
cette cousine éloignée qu'il ne voulait pas perdre. Kyoto
tu me fais mal et c'est là qu'on doit se quitter, lâche-moi la main
enfin, dit Siutu, en s'arrêtant un peu plus tard à la bouche d'un métro.
Il
faisait presque jour maintenant et le visage de Siutu était très
pâle comme celui de quelqu'un qui n'a pas beaucoup dormi et sans
doute beaucoup danser, peut-être bu un peu pour tenir le coup. Elle
ne paraissait que plus belle à Kyoto qui demanda à la revoir. Siutu
y consenti par un baiser avant de s'éclipser rapidement à
l'intérieur du métro. Kyoto sous l'effet du baiser resta un instant
interdit. Quand il voulu la rejoindre, et bien qu'à cette heure il y
eu encore très peu de monde, c'était trop tard, elle avait disparu.
Pire encore, c'était comme si lui Kyoto, jeune étudiant trop timide
et trop seul, n'avait fait que rêver d'une Siutu jolie et aimante,
car enfin on ne disparaît pas ainsi. Mais il avait beau regarder
dans toutes les directions il n'y avait plus de Siutu, si ce n'était
cette porte entre-baillée qui l'invitait à entrer comme Siutu
l'avait invité à le raccompagner. A bien y réfléchir, on aurait
dit qu'elle l'avait laissée là entre-baillée pour lui Kyoto.
Il
finit par l'ouvrir complètement cette porte et par s'engouffrer dans
ce qui semblait être une cage d'escalier de service qu'il descendit pour se retrouver dans un
local où il aperçut parmi d'autres préposées au ménage la belle
Siutu déjà en tenue de travail. Siutu lui sourit timidement, plus
pâle que jamais. Kyoto ne la trouva cependant pas plus belle pour
autant. Sa princesse n'était pas une princesse mais une femme de ménage et Kyoto fort de sa
condition d'étudiant, n'était-il pas promis à remplir de hautes
charges une fois terminée ses études, ne répondit pas à son
sourire et s'excusa simplement de s'être égaré, ce qui n'était
pas faux. Il lui en voulait presque, quelle arrogance, dire qu'elle
avait même prétendu être sa cousine. Il remonta les escaliers à
la hâte. Que personne ne surprenne là Kyoto, le futur ingénieur.
Car si Kyoto était timide il n'en était pas moins ambitieux.
Mais c'est un fait divers, un fait du quotidien, ne va pas lui trouver une portée générale, me prévient mon ami.
Mais c'est un fait divers, un fait du quotidien, ne va pas lui trouver une portée générale, me prévient mon ami.
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