Il est anarchiste.
Les hôpitaux, les écoles, les casernes, il met tout dans le même
sac. C’est la société bourgeoise et son système répressif. Tout
rentre dedans, et en particulier la police. Il est de la
manifestation, de toutes les manifestations. Les gendarmes ont déjà
épaulé leurs fusils, ils le tiennent en joue. L’anarchiste
avance, découvre sa poitrine. Il les défie. Tirez,
qu’il dit. Il avance encore. Les regarde droit dans les yeux. Les
gendarmes lui font les sommations. Il s’adresse à eux. Tirez,
qu’il dit. Veut-il avoir raison ? Veut-il qu’en l’abattant
il confirme tout ce qu’il pense d’eux et de la société
répressive ? Ou bien voit-il des hommes ? Des hommes qui
réveillent en lui sa foi en l’homme, qui lui font espérer qu’ils
ne tireront pas. Est-ce l’homme ou le système qui l’emportera ?
Est-ce qu’ils tireront ou est-ce qu’ils ne tireront pas ?
Ils tirent. Ils ne tirent pas. C’est ce que vous voulez savoir.
C’est ce que veut savoir tout homme qui n’a pas perdu la foi en
l’homme. L’homme qui n’a plus foi en l’homme ne découvre pas
sa poitrine.
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