Kamadja était tombé dans le pays d’aoua dis pas*. Dans le pays d’aoua dis pas on parlait plusieurs dialectes, et quand on parlait français l’expression aoua dis pas revenait invariablement.
Kamadja a oublié tout ce qu’on pouvait bien se dire mais n’a pas oublié aoua dis pas et l’étonnement de son ami Avocat lorsqu’on lui apprit que le dialecte de sa tribu était parlé par une autre tribu de l’autre côté de l’île parce qu’il fut marqué par un aoua dis pas.
Kamadja aurait pu se dire avec Ovide « la langue ne me permet aucune relation avec un peuple sauvage ; partout règne une crainte inquiète », s’il n’avait rapidement prit l’habitude lui-même de ponctuer ses phrases par un aoua dis pas.
Kamadja se rappelait avoir à Marseille prit l’accent de Marseille, ce qui lui valut une raclée mémorable. Mais cela n’empêcha pas Kamadja depuis peu sur l’île de prendre l’accent de l’île parce que l’accent est un signe de reconnaissance et aoua dis pas était comme l’accent de l’île; c’était le pays d’aoua dis pas.
*Expression usuelle, familière, en Nouvelle-Calédonie correspondant à la valeur d’un ah, oui, dis, pas vrai.
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