jeudi 10 mai 2018

La mauvaise herbe


Je vais pousser comme pousse la mauvaise herbe au pied des cénacles littéraires. Ils n'écoutent que les chants de misère et resteront sourds au bonheur des êtres qui ne vivent comme la mauvaise herbe que de pluie et de soleil, d'amour et d'eau fraîche. Peu d'égards pour moi et pour mes frères quand au printemps on désherbe. La déforestation est un sujet d'actualité pour ceux qui tondent leur pelouse. Quant à la mauvaise herbe on ne veut pas qu'elle pousse. Mais elle a la vie dure. C'est ce que déjà disait mon père en parlant de moi. Moi je dirais plutôt, en parlant de la mauvaise herbe, qu'on lui mène la vie dure. Les progrès qu'on fait (surtout en matière de désherbants) ne lui profitent guère. Il faut bien qu'elle s'adapte : elle gère. Et n'a d'autre capital que son espace vital. Elle pousse. On la repousse. On n'en fait pas plus l'inventaire qu'on ne la met en serre. Après tout, ce n'est que de la mauvaise herbe, et si l'on s'entend bien sur quelque chose c'est bien la-dessus : la mauvaise herbe ne repoussera jamais plus. Mais comme elle résiste, mais comme elle existe, on fait comme si elle n'existait pas, ce n'est pas plus difficile que ça de faire disparaître la mauvaise herbe de la surface de la planète terre. Mais, c'est promis, juré, au pied des cénacles littéraires, au pied des cénacles littéraires je vais pousser comme pousse la mauvaise herbe, croix de bois, croix de fer, si je mens je vais en enfer !

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