Je vais
pousser comme pousse la mauvaise herbe au pied des cénacles
littéraires. Ils n'écoutent que les chants de misère et resteront
sourds au bonheur des êtres qui ne vivent comme la mauvaise herbe
que de pluie et de soleil, d'amour et d'eau fraîche. Peu d'égards
pour moi et pour mes frères quand au printemps on désherbe. La
déforestation est un sujet d'actualité pour ceux qui tondent leur
pelouse. Quant à la mauvaise herbe on ne veut pas qu'elle pousse.
Mais elle a la vie dure. C'est ce que déjà disait mon père en
parlant de moi. Moi je dirais plutôt, en parlant de la mauvaise
herbe, qu'on lui mène la vie dure. Les progrès qu'on fait (surtout
en matière de désherbants) ne lui profitent guère. Il faut bien
qu'elle s'adapte : elle gère. Et n'a d'autre capital que son
espace vital. Elle pousse. On la repousse. On n'en fait pas plus
l'inventaire qu'on ne la met en serre. Après tout, ce n'est que de
la mauvaise herbe, et si l'on s'entend bien sur quelque chose c'est
bien la-dessus : la mauvaise herbe ne repoussera jamais plus.
Mais comme elle résiste, mais comme elle existe, on fait comme si
elle n'existait pas, ce n'est pas plus difficile que ça de faire
disparaître la mauvaise herbe de la surface de la planète terre.
Mais, c'est promis, juré, au pied des cénacles littéraires, au
pied des cénacles littéraires je vais pousser comme pousse la
mauvaise herbe, croix de bois, croix de fer, si je mens je vais en
enfer !
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