Etre sage comme une image, c’est à quoi le renvoyait d’abord la sagesse, à l’enfance, aux images que gagnait l’enfant à être sage et acquérant cette sagesse par les connaissances scolaires, livresques ; quand en pensant à la sagesse on pense plutôt aux anciens les sages et c’est en effet qu’elle nous renvoie aussi à l’enfance de l’humanité, au berceau de la civilisation. Il voyait le chemin de la vie comme balisé, parsemé des petits cailloux laissés par tous ceux qui avant lui l’auraient emprunté pour le rendre plus sûr, plus praticable, plus éclairé par le faisceau lumineux de leurs connaissances. La sagesse inclinait à la prudence, aux pas lents et mesurés, à suivre la voie toute tracée par l’homme. Non, ce n’était pas s’aventurer en terres inconnues. Aucune envie de frayer avec le mystère sinon pour le rendre plus rassurant, plus humain. Et l’on confondait trop la philosophie et la sagesse quand l’une inquiétait et l’autre rassurait ou n’avait pas d’autre but que de rassurer. C’est pourquoi il plaisait tant de lire les anciens, les Grecs, le fondement de la civilisation, les premiers petits cailloux semés sur le chemin de l’humanité savante et sage. Puis ces philosophes de l’ancien monde qui les reprennent et avancent avec eux : Alain, Montaigne, qu’on appelle des philosophes mais qui sont avant tout des sages et pourquoi pas des poltrons, car il y a aussi un peu de ça dans le sage, une prudence éperdue qui cherche à se rassurer et en se rassurant rassure les autres, on ne peut pas leur en vouloir sinon en bien, le destin de l’homme est si tragique, est si troublant, est si ignoré, qu’aucune connaissance ne pourra jamais venir la combler cette ignorance, qu’ils ne veulent pas se l’avouer. Quand il y a des philosophes terribles qui sont les véritables philosophes mais aucunement des sages, tout prégnant d’angoisse, d’une angoisse contagieuse, qui n’ont plus aucune prétention à la connaissance, qui n’ont que défiance et qui sait si parfois malveillance envers l’homme. Les chemins qu’ils empruntaient étaient des chemins scabreux, torturés comme eux, qui ne promettaient pas une promenade réjouissante ; et c’étaient les plus téméraires, les plus aventuriers des hommes qui pouvaient les ouvrir à l’humanité, y aller en éclaireurs, au péril de leur vie et de leur santé mental, car ils s’étaient par trop éloignés de cette équilibre si cher aux anciens, aux Grecs, d’Alain, de Montaigne, des sages qui n’ont pour toute philosophie que la sagesse.
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