lundi 23 mars 2026

La transparence


Il les regardait enfants et pensait que bientôt il serait trop tard pour les déchiffrer, habitués qu'ils seraient à tromper et se tromper eux-mêmes sur eux-mêmes, à mystifier et à se mystifier, et c'était en cela et en cela seulement qu'on en venait, d'après lui, à parler de l'innocence de l'enfance quand il ne s'agirait en réalité que de transparence.

Ce que nous arrivons à savoir de l'autre sans l'autre est peut-être à peu près tout ce que nous en saurons jamais et c'est peut-être aussi pour cela que nous aimons les enfants, pour leur transparence, pour ce que nous arrivons à en savoir, et c'est à ce titre qu'il ne pouvait pas comprendre ces parents si fiers de leur enfant parce qu'on leur avait donné un petit rôle au cinéma ou à la télé.

C'en était fini pourtant de leur enfance et de la transparence. Entendez bien par là qu'il ne parlait pas d'innocence, il avait trop goûté à la cruauté des enfants pour croire à leur innocence, mais de cette cruauté même il s'était longtemps étonné de ne pas la retrouver chez les adultes avant de se dire qu'elle devait avoir perdue de sa transparence.

Il n'empêche que cette confusion était largement entretenue par les médias entre transparence et innocence, qu'on en appelait toujours a plus de transparence, comme si cela pouvait être le garant et la preuve de notre innocence. Cette confusion qui serait aussi le fait du langage: ne disait -on pas tirer les choses au clair.

N'était-on pas aussi dans le monde des évidences, a toujours dire c'est évident ou c'est transparent ne donnons nous pas l'impression d'avoir retrouvé l'Eden, l'enfance de l'humanité, d'avant même qu'elle commette la faute ou de retomber en enfance, une enfance qui plaiderait en faveur de notre innocence n'ayant rien à cacher.

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