Il pensait que s'il devait écrire ce qu'il écrirait n'intéresserait pas grand monde parce que ses intérêts étaient ailleurs, ailleurs qu'en la politique et les femmes et que s'il les mettait ensemble ce n'était pas que les femmes s'intéressaient plus que ça à la politique mais qu'il avait remarqué que parmi ses amis ceux qui s'intéressaient aux femmes s'intéressaient également à la politique, c'est-à-dire avec une égale ferveur, ce qui lui faisait dire que les hommes politiques étaient des hommes à femmes, et il ne s'arrêtait pas aux représentants du peuple mais parlait du peuple dans une plus large mesure, des citoyens qui accomplissaient leur devoir de citoyens avec le même enthousiasme qu'ils accordaient leurs faveurs aux femmes, c'est-à-dire avec passion. Là aussi l'on pouvait donc trouver trahison et jalousie, amour et haine, toute la comédie humaine de sentiments et d'intérêts inextricablement mêlés; envies aussi et compétition féroce entre les hommes au point qu'il ne comprenait pas pourquoi Marx s'était limité au champ économique et à toutes ses injustices et inégalités quand il lui semblait qu'en recélait davantage et qu'il faisait plus rage dans la bataille que se livraient les hommes pour les femmes que pour les biens de ce monde; qu'alors qu'aujourd'hui avec la société d'abondance ajoutée à un Etat providence les femmes elles continuaient à manquer cruellement à certains tandis que d'autres n'en sauraient plus que faire tant elles se les disputaient, c'est-à-dire comme s'ils fussent uniques et c'est bien d'ailleurs ce qu'ils leur semblaient aux femmes, et c'est que les autres elles ne les verraient même pas.
Il y avait donc d'après lui chez les femmes un tel et curieux effet d'aveuglement qui était aussi un mélange de passions et d'intérêts conjugués qui auraient dû intéresser à la fois Marx et Freud et restait comme un champ vacant d'investigations, mais les femmes et la politique ne l'intéressaient toujours pas, pas suffisamment du moins pour qu'il s'y jette tout entier et il ne ferait que d'y penser un peu comme à une curiosité intellectuelle, de sorte qui sait si à exciter des esprits plus portés que lui à réfléchir sur le problème. Il y avait que les femmes faisaient beaucoup parler d'elles dernièrement et c'était pour se plaindre des hommes et de leur mauvais traitements; elles entraient aussi de plus en plus en politique. C'est que si elles devenaient l'égales des hommes il était naturel que les hommes et la politique soit devenus pour elles un sujet de préoccupation et d'occupation à l'instar des hommes et sans chercher pour autant à les singer sinon qu'elles ne devaient en effet pas être bien différentes que ces hommes qui s'intéressaient aux femmes et à la politique en s'attaquant elles ici et maintenant aux hommes et à la politique. Et cela démontrait également que la bataille était bien là où Marx et Freud avaient achoppé, parce que s'il y avait l'amour il y avait aussi la guerre entre les hommes et les femmes, et aussi enflammée sinon plus la guerre que l'amour. Mais c'était une guerre de partisans et ceux qui s'occupaient de politique étaient qu'ils soient hommes ou femmes que des partisans qui se rejoignaient autant dans leur amour de l'autre que dans leur détestation ou exécration de l'autre, ce qui lui avait été souvent aussi curieux de constater.
Bien entendu, il se tenait loin des partis et des partisans ce qui fait qu'il ne prenait pas non plus part au butin, car il se demandait bien s'il ne s'agissait pas toujours et encore de la même chose, de butin et d'actes de pirateries: actes de violences commis à des fins privées. Les femmes aussi qui avaient atteintes leur majorité ou maturité politique voulaient avoir droit au butin et il ne s'agirait pas seulement donc des biens que la société dispensaient avec plus de largesse mais des hommes, et comme les hommes avaient eu droit aux femmes, à la même servilité, à la même docilité, à la même passivité, de la part de ces hommes, que celle dont elles avaient su faire part envers eux par le passé ou qu'elles voudraient définitivement reléguer au passé, au même rang que l'esclavage définitivement s'en affranchir, et non seulement s'en affranchir mais pourquoi pas, gagnant la bataille des hommes, les y soumettre à leur tour, trouver en eux cette servilité, cette docilité, cette passivité qu'il avaient trouver en elles, ce qui ne serait selon l'expression en usage qu'un juste retour des choses; voilà en peu de mots ce qu'il lui semblait vivre et en tant qu'homme faire les frais car, comme dans toutes les guerres, ceux qui en souffrent le plus sont aussi les moins privilégiés, les moins biens lotis, les plus exposés, et il lui semblait que les siens (voulait-il parler de sa famille ou d'une famille d'êtres qui aurait avec lui une certaine ressemblance?) avaient été les moins bien lotis en matière de biens matériel aussi qu'exposés à toutes sortes de pénuries, si bien que vis à vis de cette misère non pas matérielle mais sexuelle et affective ils auraient pu témoigner d'une égale indigence, parce qu'ayant perdu toutes les batailles comment n'auraient-ils pas perdu la première d'entre toutes: celle pour les femmes.
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