Il y a un traitement de la différence par l'indifférence et c'est le premier traitement et tant qu'il peut durer, puis quand il ne peut plus durer vient le second traitement, plus dur, plus radical, qui est le traitement par le semblable, car une chose est certaine c'est qu'un différent est ce qui fait qu'on ne peut pas s'entendre, on ne peut s'entendre que s'il n'y a plus de différent. Le mot en lui-même est assez explicite pour qu'il n'y ait pas davantage a épiloguer là-dessus. Cependant aucun des deux traitements: ni celui par l'indifférence ni celui par le semblable ne convient à l'homme, or c'est actuellement à l'un ou l'autre quand ce n'est pas aux deux à la fois qu'il est soumis. Il s'agit bien entendu de traitement social: c'est-à-dire que dans un premier temps on accepte toutes les différences pourvu que dans un deuxième temps de ces différences naisse le semblable. A voir ainsi ça parait un peu aberrant, mais l'on compte sur le temps, sur l'usure du temps comme si le temps jouait davantage en faveur du semblable que de la différence.
Par contre si l'on parle de mondialisation comme fabrique du semblable voilà que ce semblable ne ferait pas non plus l'affaire de tous mais seulement de quelques uns. Ça c'est pour le semblable, mais pour le différent on n'aime pas non plus l'idée de communauté quand les communautés sont des communautés de semblables qui au lieu de gommer leur différence avec le temps ou la mondialisation resteraient camper dans leur communauté comme dans leur différence. On voit qu'il n'y a aucun traitement du différent qui fasse l'unanimité pour, mais sans doute contre, car ce contre qui l'on en a toujours après c'est le différent et non pas le semblable. C'est bien naturel comme c'est bien hypocrite aussi qu'inutile d'aller contre la nature de l'homme qui est ainsi faite qu'il n'a d'amour que pour son semblable. C'est pourquoi et puisque la société n'est pas faite que de semblables, idée à laquelle il faut se faire, on a cherché à traiter ou en tout cas dans les faits on a traité la différence d'abord par l'indifférence puis par le semblable ou assimilation ou intégration selon la préférence terminologique ou appellation que l'on trouve la mieux appropriée à ce genre de traitement.
Quand après tant d'années de traitement de la différence la société souffre toujours de racisme et que sévit toujours le mal communautaire on peut s'interroger sur la valeur du traitement suivi. C'est que toujours la différence ferait tache, or c'est cette idée de tache plus que la tache elle-même qu'il faudrait ôter des esprits car elle n'existe que dans les esprits, et comme l'on voudrait en ôter l'idée de faute ou de péché et de volonté subséquente de blanchissement. Car s'il est une tâche qui nous incombe, et ce n'est pas la même, c'est bien d'avoir à se supporter, c'est-à-dire d'avoir à supporter la différence. Et c'est bien ce degré de tolérance qui tend à baisser et avec lui a baisser notre degré de civilité, ce savoir vivre ensemble, mais c'est aussi un degré de tolérance aux nuisances: quand il nous répugne de parler d'animaux nuisibles on en est a souffrir de moins en moins et à de plus en plus porter sur le compte des nuisances ce que la différence nous fait vivre au quotidien. Oui à plus de civilité mais oui aussi à moins d'intolérance vis à vis de ce frottement inévitable avec la différence, ce grain de sable dans les rouages qui fait grincer la fabrique du semblable.
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