A tous ceux qui sont restés longtemps dans notre vie, et cela peut être la vie d'un couple comme la vie d'une famille, on ne peut leur imaginer une vie indépendante de la nôtre, une vie à eux, une vie qui ne soit pas la nôtre, car ils l'ont été si longtemps, et plus longtemps ils ont été notre vie moins on imagine qu'ils puissent avoir leur vie, quand ils n'ont jamais eu qu'une vie la leur, et nous qu'une vie la nôtre. Puis tout d'un coup, car relativement à la durée citée que cela interrompt, l'effet ne peut être que brutal, voilà que leur vie se déroule loin de la nôtre, c'est qu'il ne s'agissait que d'une proximité et non pas d'une similitude, ta vie et ma vie, toi mon frère, toi ma sœur, toi mon homme (enfin celui qui le fut un temps), toi ma femme (enfin celle qui le fut un temps), ta vie non n'est pas la mienne et la mienne n'est pas la tienne pour autant que nous l'eussions crus, et cette illusion est ce que nous avons cependant entretenue ensemble de si nombreuses années. Parfois il m'arrive de m'imaginer où doit s'écouler la vie des miens, car j'appelle encore les miens ceux qui ne l'ont jamais été qu'au nom de cette proximité qui fit illusion. C'est que la séparation effective n'est jamais effective. C'est qu'il se produit en nous comme un effet de rémanence. C'est que ceux qui ont existés pour nous continuent, que nous le voulions ou non, a exister pour nous. Leur existence s'est inscrite dans notre vie bien que l'écriture avec le temps en soit rendue presque illisible. L'homme connait donc la séparation. Mais la séparation est aussi illusoire que l'union puisque deux qui ne font plus qu'un n'existe que dans notre imagination, puisqu'il n'y eut qu'à un moment donné plus ou moins long que proximité, que plus ou moins grande proximité, sans arriver a être la même vie se sont deux vies ou plus qui auraient mené une vie commune. Et l'on voit ici que le vocabulaire employé pour en parler ajoute ou est témoin de la confusion en notre esprit: une vie commune ne fait jamais que deux vies ou plus soient la même vie. Aussi que les expressions également trompeuses: "c'était ma vie" "j'étais sa vie". Non, il faut s'en faire une raison, cela n'a jamais été vrai que dans notre imagination, nous avions jamais fait que confondre leurs vies avec la nôtre, et ce n'est pas parce qu'un temps cette confusion fut réciproque que cela fut pour autant vrai. La preuve en est à tout ce temps qu'on ne sait plus ce que sont devenus nos amours d'antan parce que leur éloignement a suffit a mettre fin à cette illusion quoiqu'encore tenace dans notre imagination mais plus si vivante, aussi vivante que nous, c'est-à-dire plus autant notre vie que quand ils nous étaient proches. D'où le mot le plus exact pour rendre cette réalité serait le mot de proche mais pas avec la durabilité qu'on lui donne: ils ont été nos proches mais ne le sont plus, car il ne faut pas voir entre notre vie et la leur un lien qui soit ou n'ait été autre qu'un lien de proximité, et se rendre à l'évidence que notre vie n'a jamais été leur vie et réciproquement que leur vie n'a jamais été la notre de vie.
CITATION de l'auteur de ces lignes ayant trouvé dans ses notes:
J'ai un souvenir trop présent de personnes trop lointaines qui, je pense, n'ont pas pu sortir indemne de moi comme moi indemne d'eux. C'est comme quelqu'un qui aurait contracté une maladie incurable, cette maladie incurable c'est ses proches. On ne peut pas guérir de ses proches avec qui ont aurait eu une relation, ou encore plus précisément avec qui ont aurait été mis en relation (durant un temps plus ou moins long), tellement nous serions les uns pour les autres contagieux et les uns par les autres aurions été contaminés.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire