dimanche 28 juillet 2024

Le noble jeu


On dit que le jeu d'échecs est un jeu noble, mais les nobles sont les Maîtres et les Grands Maîtres, la bataille qui fait rage est moins noble pour la piétaille et ses crocs en jambes et ses coups bas et ses petites lâchetés, ses faits d'armes comme ses refus du combat. Je me suis bien entendu avec cet homme, on a convenu ensemble d'une nulle et ce n'était pas une nulle de Grand Maître, La Nulle immortelle, vous pouvez bien me croire, on ne voulait simplement plus se battre, on s'est serré la main et on a quitté la table, laissant les pièces sur l'échiquier en ordre de bataille et comme livrées à leur sort aveugle et sourd et muet, n'y voyez la rien de noble. Quant aux crocs en jambes et aux coup bas c'est comme ça que j'appelle la tactique aux échecs quand il n'y en a pas tant de crocs en jambe et de coups bas au niveau des Maitres et des Grands Maîtres qui sont aussi des grands maîtres en stratégie, déjouant souvent la tactique ou celle-ci n'étant que le fruit de leur stratégie; quand elle est pour la piétaille que le besoin d'en découdre, que la foire d'empoigne, que la volonté de mettre tout sens dessus dessous, souvent s'y adjoint l'ignorance des règles les plus élémentaires du savoir vivre ou de fair-play. Il suffit de participer à un tournoi d'échecs pour se voir ainsi confronté à l'adversité ce qui est connaître l'adversaire, comment il se bat, comment il vous bat ou comment vous le battez, et à moins d'être Maître vous ne le ferez pas de la meilleure manière qui soit. C'est pourquoi je m'explique mieux cet homme qui ne voulait plus combattre sur l'échiquier mais aimait toujours les échecs. Il n'aimait en réalité plus que les parties de Maîtres et de Grand Maîtres. La beauté des échecs n'est pas dans toutes les parties d'échecs, loin s'en faut, et je crains qu'il en soit de même de la guerre et que tout ce qui se bat n'est pas beau à voir car il n'y a pas que le meilleur de l'homme qui se bat, c'est d'abord ses pires instincts qui le conduisent à la bataille, mais comme l'adversaire peut nous rendre la victoire difficile, mais comme l'on ne peut vaincre qu'avec nos instincts ou qu'avec instinct, il faut alors s'élever à un niveau de jeu qui n'est plus primaire, qui fait appel à l'intelligence, pas seulement à la volonté de vaincre qui est la volonté de vivre (ou de survivre), à l'intelligence et à l'expérience qui est aussi l'expérience de nos aînés, il faut alors connaître l'histoire des échecs, embrasser un large savoir, plus que séculaire, aussi que réprimer ses instincts qui toujours veulent manger. Le Grand Maître ne pense pas qu'à manger, qu'à manger des pions ou des pièces d'échecs. C'est un premier stade que doit dépasser le joueur d'échecs expérimenté. Mais il n'est pas Grand Maître pour autant et comme je ne le suis pas moi-même ce serait beaucoup extrapoler que de vous dire le long, très long chemin, qui lui reste à faire, pour atteindre au jeu noble qui est l'apanage des Maîtres et des Grands Maîtres. Mais j'en ai vu quelques uns et à certains d'entre eux je leur ai même trouvé une attitude noble, qui sait si d'une ancienne noblesse qui n'a plus cours. Il ne me faudrait cependant pas trop sur elle épiloguer. Le silence qui s'impose lors d'une partie d'échecs s'impose ici à moi. La partie n'est pas encore finie. On joue toujours et encore aux échecs, ce noble jeu.

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