Comment exprimer cette expérience radicalement différente, ce vécu qui diffère tant de ce qui nous est donné à voir et à entendre qu'en me référant de nouveau à la Nouvelle Calédonie. Quand il m'en est montré le paysage c'est une nature idyllique, paradisiaque, qui m'est présentée. Puis des événements se produisent et ce petit paradis qui s'offrirait à moi comme au premier homme se trouve soudain habité de gens qui ne sauraient pas vivre ensemble où l'enfer c'est les autres. Des sauvages cassent, brûlent. Des civilisés se plaignent de tant de sauvageries. C'est une si belle île et un si grand dommage, disent-ils. Je me revois alors enfant dans cette nature sauvage et paradisiaque, bouffé par les moustiques, m'ouvrant un passage à coup de sabre d'abattis, parce qu'elle n'était pas si hospitalière que ça la nature calédonienne de la côte est de la Grande Terre. Et puis dans l'Océan Pacifique craignant cette fois ci d'être bouffé par les requins qui ne venaient pas manger dans ma main mais qui n'aurait pas rebutés à la manger ma main. Je veux des termes enfantins parce que l'enfant n'idéalise pas encore: il voit ce qu'il voit, il entend ce qu'il entend, pas ce qu'on veut lui faire voir, pas ce qu'on veut lui faire entendre. Mes parents m'ont lâché. C'est comme ça en tout cas que je le prends. Non pas en pleine nature mais à l'internat de Nouméa, la ville blanche. Celle aujourd'hui des événements. Où on casse. Où on brûle. Où on se plaint qu'on casse, qu'on brûle. Mais à l'internat il n'y avait pas les bons et les méchants, les coups pleuvaient de tous côtés, et tout le monde pleurait. C'était un monde déshérité. Abandonné des siens depuis longtemps. Une sauvagerie généralisée. Pas d'un côté les sauvages et de l'autre les civilisés. Non, je n'ai pas été touriste en Nouvelle Calédonie. J'y ai vécu. La télé ne fait que de nous y promener en touriste. Avec une mentalité de touriste. C'est une nouvelle colonisation. Le monde est colonisé par le tourisme. La télé participe à cette colonisation par le son et par l'image. On peut être touriste devant sa télé. Bande de touristes qui quittez la Nouvelle Calédonie dès que ça va mal. Mais ça n'a jamais été bien en Nouvelle Calédonie. Cependant on y vit. On y fait pas que du tourisme. Et à vivre, si je renvois chacun à sa vie, il n'y a plus rien d'idyllique, plus rien de paradisiaque. Eh bien, la Nouvelle Calédonie c'est pas le paradis mais c'est pas l'enfer non plus. Non c'est pas comme à la télé. Non c'est pas comme dans une agence de voyage quand on vous propose d'y aller. Oui c'est aussi un endroit où l'on vit. Oui c'est aussi un endroit où il faut apprendre à vivre, oserais-je dire, ensemble. Malheureusement la plupart ne reverront comme nous que la retransmission des événements, non pas la Nouvelle Calédonie où ils vivent mais la télécalédonie où ils ne vivent pas.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire