mercredi 24 janvier 2024

Le repris de justice


J'en avais marre de ces hommes à la gueule fermée. Il avait posé sa main sur son arme d'acier pur et de nickel chromé, ça devait le rassurer. Pour sûr, il m'a coffré. Avec moi il pensait avoir enfermé le mal personnifié. Et je ne pourrais dire qu'il se trompait. Pas sur moi. Bien sur la société, la société née sur un tas de fumier. J'ai eu tout le temps ici où je moisis d'échafauder ma théorie sur le tas de fumier. Tandis que lui doit en être resté à son idéal de pureté, la main toujours posée sur la crosse du colt d'acier pur et de  nickel chromé. Tandis que je n'en puis douter la société doit continuer à prospérer avec la pourriture et sur un tas de fumiers comme moi. Mais ce ne sont pas des relents de pourriture qui arrive jusque dans ma cellule et par les ondes mais celle d'une nourriture cent pour cent pure. Le monde à nouveau épris de pureté, le monde qui oublie qu'il est né sur un tas de fumier. Je suis un fumier et voilà où l'on me met: aux oubliettes. C'est aussi toujours dans l'ordure que la révolte a grondée, mais non, ils veulent une révolte pure. Les nigauds poussent comme les haricots, il leur faut un tuteur et ce tuteur c'est la société, une société droite comme un bâton de justice, voilà ce à quoi ils croient les nigauds, les nigauds qui poussent comme les haricots. On dit que les dernières générations ont grandis et c'est qu'elles ont poussées trop vite. Mais, je le sais, elles m'ont oublié, et elles ont avec moi oublié le tas de fumier sur lequel elles ont grandies, et que sans ce tas de fumier plus de rêve de pureté et de prospérité, plus d'arme d'acier pur et de nickel chromé, plus de justice, car que ferait la justice si je n'étais pas là à pourrir et qu'à ma pourriture d'autres par elle et son bras armé venait s'ajouter, s'accumuler, jusqu'à faire un joli tas de fumier sur lequel le coq pourra chanter, triste job, et moi triste comme Job.

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