Il y avait pas longtemps que j'étais à Paris
Et c'était comme une autre langue un autre pays
Ah que la Calédonie était loin presque aussi loin qu'elle l'est aujourd'hui
C'est que dans mon esprit en Calédonie on parlait Kanak, tahitien, wallisien aussi
La langue de chez nous n'était pas la langue de chez eux
Elle avait sans doute des accents plus rocailleux
Je l'entendais encore comme l'on entend la mer au creux d'un coquillage
Parce qu'elle avait sonner longtemps à mes oreilles je l'entendais encore
Je me retrouverais au Trocadéro dans une petite bibliothèque d'arrondissement où j'étais allé chercher Louise Michel
Parce qu'ici on vendait du rêve et que comme elle j'y avais connu l'enfer
Comme elle aussi j'avais aimé ces gens et cette terre où j'avais souffert
La Calédonie, c'était pas pour moi une île paradisiaque, c'était pas pour moi une carte postale
Pour Louise Michel ç'avait été le bagne, pour moi ç'avait été l'internat
Et l'internat une prison avec son régime d'internement, son numéro de matricule, d'enfants des îles avec au milieu quelques petits blancs.
En lisant Louise Michel je retrouvais étrangement cette Calédonie que j'avais connu longtemps après elle mais ce qu'elle en avait gardé je l'avais aussi gardé
Après il y eut les événements de la grotte d'Ouvéa qui firent connaître à tous sa tragédie et le responsable de toujours mis au devant de la scène médiatique: le Kanak.
La terre rouge de Nickel l'était aussi de sang, beaucoup de sang noir, un peu de sang blanc, et toujours les cow boys et les indiens, le mal et le bien, la France et les siens, les siens qui avaient peur d'être trahi et demandaient son soutien, après l'Algérie un éternel recommencement car ç'avait aussi été l'histoire des miens et comme Louise Michel j'aurais été le rouge, le proscrit, parce que l'indigène avait été mon frère de misère, qu'on avait été dans la même galère, tenu dans le même oubli, aimant pourtant comme lui la France, mais très certainement celle de Louise Michel, celle où tous les hommes sont frères et pas forcément blancs ni propriétaire d'un lopin de terre.
Il y avait pas longtemps que j'étais à Paris que cela fit beaucoup de bruit
Et puis plus rien sur la Nouvelle Calédonie qui ne serait pas indépendante, retombait dans l'oubli
Entre temps j'écrivis Les petites histoires de Kamadja parce que j'en avais gros sur la patate et quelques poèmes mal écrits comme Louise Michel mais parce comme Louise Michel j'essayais de retrouver ma Calédonie, celle qui n'arrivait pas à passer à la télé, celle dont on ne voulait pas non plus entendre parler, et qui n'avait pas d'autre choix alors que de faire parler d'elle.
C'est triste comme l'histoire se répète.
C'est triste comme au pouvoir il y a toujours les mêmes intelligents bêtes.
Abel Wadra, Wayéméné Helene, Rosina, Cimutru Joseph, Nakédé Pierre, Avocat, mais toi aussi Cilane Noêl, c'est à vous que je pense (parce que je ne pense pas en l'air) quand j'écris cette longue lettre et à la nouvelle année que je vous souhaite non pas comme une joyeuse fête mais une paisible retraite ici où la bas dans le Pacifique sur la Grande Terre qui est la vôtre et un peu la nôtre aussi si c'est vrai ce qu'on dit qu'on est tous frères, sinon tâchons de l'être, et si nous ne le sommes plus, de le redevenir, que nos querelles restent des querelles d'enfants en mal de parents et que chacun retrouve les siens, sinon dans les livres écrits par ceux qui ne font pas qu'écrire bien.
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