Et c'est pourtant eux qui vivent
Moi je suis dans ma chambre
Et j'écris
Eux ils sont dans la vie
Ils auraient pourtant beaucoup de choses à dire
Avec leurs mots à eux
Qui sont des mots qui viennent de la vie
Quand jeté dans ma nuit
A jamais séparé de la vie
Je me dis écris
Je l'entends qui renifle baille soupire
On voit bien ce qu'il veut dire
Et tout ce que la vie lui inspire
Et j'entends son rire à elle qui veut tout dire
Il faudrait tout traduire
Mais j'ai trop de peine à vivre
Je suis dans ma chambre et j'écris
Ou debout marchant dans la cuisine
Marche ou crève soldat qu'il me dit
Et moi je fais les cent pas toute la nuit
Et lui en bon musulman qu'il est qui prie
C'est pas une vie que tout ça qu'il me dit
Non plus sa vie à elle qui n'a pas de mari
C'est pas drôle qu'il me dit à son âge qu'une vie sans homme
Mais elle en brave et bonne vielle fille qu'elle est elle rit
Je suis dans ma chambre et n'arrive pas à dormir
En repensant à tout ce que je n'arrive pas à dire
Sur eux (j'y vois tant de malheurs ensemble et de malheureux qui me ressemblent)
Et sur celle (qui est-elle elle qui a tant été, qui est-elle elle qui tant)
Qu'elle vit m'empêche de mourir
Après m'avoir tant aidé à vivre
Je suis dans ma chambre
Eux ils sont dans la vie
Comme elle elle l'a été
Elle qui a été ma vie
Voilà maintenant que je parle comme eux
C'est de l'arabe ou c'est de l'hébreu
Il faudrait tout traduire
Mais j'ai trop de peine à vivre
Aussi les enterrements à suivre
Ecrire ou mourir
Aurait dit Shakespeare
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