Il sentait naître en lui un profond respect pour l'homme que ni la morale, ni les conventions sociales, ni l'éducation reçue, n'avait imprimé en lui, plutôt il avait été rebelle à tout ce qui semblait vouloir lui être imposé du dehors et qu'il ne reconnaissait pas en lui. Quand il trouvait maintenant qu'aucune expérience de vie ne pouvait être balayée de la main et que c'était pour le moins négligence, voire insolence de sa part, que de ne les avoir pas pris toutes en considération. Il voyait maintenant des êtres en prise avec la vie et qui se défendaient comme ils pouvaient. Difficile de juger qui dans cette lutte pour la vie s'y prenait le mieux, toutes les victoires remportées n'étant pas des victoires sur la vie, la mort finissant toujours par gagner, par les gagner. Bien sûr il avait des préférences mais qu'il savait toutes subjectives et qu'il ne pouvait y avoir d'objectivité en la matière. Son respect procédait de toute façon non pas de la raison, de ce qu'il fut avec l'âge devenu raisonnable, mais de la souffrance; de ce qu'avec l'âge il eut pris conscience que la souffrance était ce qu'il y avait de mieux partagée. Et que c'était cette souffrance qui creusant dans le même bois, celui de la nature humaine, donnait naissance à des figurines aux apparences diverses. Mais toutes selon lui reflèteraient une souffrance, fut-elle latente ou manifeste qui était aussi creusement de l'être, où il gagnait en profondeur. Et cet être en souffrance c'était l'homme. Il ne fallait pas pour cela forcément que la vie le malmena, le simple fait d'être en vie suffisait à sa peine. L'être là qui se demande pourquoi il est là et cherche par conséquent un sens à sa vie, et qui sans aveuglement, et qui sans dramatisation, est bien en mal d'en trouver un, est bien excusable de toutes les perversions de l'être qui ne saurait être autrement. Une terrible lucidité, une amère vérité, comment les supporter. Qu'il fut plutôt pris dans ses petits conflits sociaux, dans ses revendications catégorielles, cela avait au moins le grand avantage de lui donner le change sur sa condition, comme si elle put être sujette à amélioration, à progrès. Désormais toute vie lui paraissait méritante et aussi toute vie lui semblait mériter la mort, car toute vie était celle du condamné; mais le condamné était d'abord un condamné à vivre, et des deux peines on ne saurait jamais laquelle était la plus lourde ni la plus haute. L'homme ne connaissant que la première ne faisait jamais que tout ce qu'il crut être en son possible pour se la rendre plus légère ou plus digne. Inutile de tergiverser davantage et pour conclure il reprendrait cette expression qu'il avait entendu de la bouche d'un homme et lui avait plut pour sa brièveté: Respect avait dit l'homme et à son tour il disait Respect.
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