mercredi 4 janvier 2023

L'engagement

 

Quel est cet avatar de l’engagement qu’on appelle l’engagement ? Il ne serait que politique, social, et on l’appellerait engagement comme si tout l’homme y était engagé quand ce n’est que l’homme politique ou l’être social qui y est engagé comme il est engagé dans la société qui réclame tout l’homme, parce qu’elle n’entend pas que l’existence de l’homme lui échappe, parce qu’elle nie son existence qui est l’existence de l’homme et non pas celle de la société qui ne voudrait pas qu’il existe sans elle, comme s’il était marié avec elle, et c’est bien du contrat social dont parle Jean Jacques Rousseau, mais je ne me rappelle pas l’avoir signé, moi comme beaucoup d’autres qui n’accepteraient pas non plus que l’on ait signé pour eux (comme un contrat sur leur tête, un contrat de vie et de mort) et se sentent libres de tout engagement comme de tout renoncement. Ils réclament la libre disposition de leur personne quand la société les rappelle à leur soi-disant engagement. Mais comment peut-on parler d’engagement s’il n’y a pas au préalable cette liberté de s’engager ou pas. On parlerait d’engagement comme on parlait d’engagement militaire à l’époque des conscrits qui n’avaient pas choisi de faire leur service militaire. C’était à l’époque où Jean Paul Sartre parlait d’engagement comme si on avait le choix. Non, ce n’est pas à cet engagement là auquel je pense et qui est à mes yeux bien lamentable, bien pitoyable, parce qu’il n’engage justement pas l’homme, pas tout l’homme, mais au mieux l’être social et au pire de l’être social sa partie la plus infâme qui est celle du politicard, fût-ce t-il véreux ou vertueux. Pourtant cet engagement de l’homme tout entier à lui-même je le vois comme la condition première à son bonheur. On le veut partager. Je parle de ce bonheur comme de son engagement : au foyer, au travail, au parti, car il n’y a de parti qui ne soit parti de la société et non parti de l’homme ; chacun voudrait de lui sa part. Mais l’homme dit (à qui l'entend encore parler en lui) je veux être tout entier à ce que je suis et ne jamais délivrer des parts de moi-même sinon moi-même tout entier, là il s’agit de l’engagement véritable, sans compromis. Il n’y aurait pas place pour le mensonge car cela relève de l’authenticité, de l’être dans son entier, qui ne peut être autrement qu’il est. Et quelle satisfaction, que dis-je, quel bonheur pour cet être là, parce qu’il existerait complètement, parce qu’à chaque instant il se retrouverait tel qu’il est, et en tout ce qu’il fait tout ce qu’il est. Mais on ne lui réclame que des engagements partiels et variable qui font de l’être entier un être disloqué, démantelé, un être changeant, et n’arrivant plus comme on dit à recoller les morceaux, ne sachant plus qui il est vraiment. Et effectivement il n’est plus. On l’empêche d’être. On lui reproche alors d’être violent. Quand rappelons le il n’est pas violent puisque c’est justement cet empêchement d’être qui le rend violent. Il est ceci pour sa ou son conjoint, cela pour son travail, et la liste peut être longue pour cet être partagé qui n’est jamais lui-même, car c’est bien à cet être là que l’on a affaire dans tous les domaines de l’activité humaine où il est engagé par cet engagement qui ne montre jamais de lui que la part engagée que l’on confond trop avec ce qu’il est, n’ayant le droit d’être que partagé, c’est-à-dire engagé ; seul de sa liberté totale pourrait résulter un engagement de l’être dans son entier, c’est-à-dire de l’homme libre qui choisit d’être, car il n’y a pas d’autre engagement qui vaille que l’engagement d’être, et cela on ne le doit qu’à soi-même.

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