On ne peut pas dire qu’on est violent ou qu’on n’est pas violent comme on dit qu’on est ou qu’on n’est pas. Quand on n’est pas on n’est pas. Et quand on est c’est là que ça se complique pour nous car en effet on peut être violent ou ne pas l’être mais dit ainsi c’est encore mal dire, car ce n’est pas d’être mais d’être empêché d’être qui fait qu’on est violent. Et c’est de prendre l’effet pour la cause qui nous fait dire : « on va l’empêcher d’être violent » car, on l'a bien compris, c’est de vouloir l’empêcher d’être qui le fait être violent, et quand on croit combattre la violence on ne ferait que l’encourager. Vous me direz c’est bien gentil tout ça mais qu’est-ce qu’on fait contre les fous furieux ? Les enfermer est ce qu’on fait. Non pas de mieux mais à défaut de mieux. Sa violence tape contre les murs. On aurait pu aussi choisir le vide, rien où elle ne puisse s’exercer. On appelle un vent violent un vent qui détruit tout sur son passage, mais c’est le même qui produit de l’électricité, qui fait tourner les hélices des éoliennes. L’être violent serait donc un être qui développe une puissance ou forte énergie qui a défaut d’être bien exploitée passerait pour violente. Notre société qui ne pourrait se passer d’énergies peut être tenu pour responsable de la nôtre comme de n’importe quelle autre mal employée et surtout de la considérer comme violente et la considérant comme telle de l’empêcher d’être, ce qui on l’a vu ne peut que la rendre violente, car ce qui est, est, c’est-à-dire ne peut être empêché d’être, d’où son surgissement (le surgissement de l’être dans sa nature et la puissance de sa nature d’être) ne sera que plus brutal. On comprend mieux pourquoi la violence engendre la violence. C’est donc se tromper sur notre nature comme sur la nature de toute chose que de la dire violente : c’est son surgissement qui peut l’être quand il est empêché. Encore une fois (pour que cela s’ancre bien dans les esprits) on ne peut pas dire qu’on est violent ou qu’on n’est pas violent comme on dit qu’on est ou qu’on n’est pas. L’erreur n’est pas sans conséquence. Comme on se trompe là-dessus, qui est se tromper sur la nature des choses, on se trompe sur la richesse et s’en prend à la richesse. Ce n’est pas la richesse qui oppresse, loin d’empêcher l’être d’être elle lui donne tout loisir d’être. Par contre la pauvreté est un empêchement d’être, être pauvre c’est être dans des vêtements trop serrés qui empêchent l’être de s’ébattre comme il le voudrait. On se trompe alors de combat si on lutte contre la richesse et bien inutilement car on ne peut empêcher d’être ce qui est, ou toute puissance d’être de s’exercer. Mais contre la pauvreté qu’il faut lutter comme contre tout ce qui empêche d’être et favorise alors le surgissement brutal, c’est-à-dire la violence, inévitable et naturelle non pas comme l’être mais comme la nécessité d’être envers et contre tout et tous, si tout et tous s’y opposent. Ce qui fait le malheureux est ce qui fait que l’être n’est pas épanoui dans son être et c’est ce qui fait le violent.
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