L’homme qui n’a pas abdiquer de son droit au bonheur tout en n’en ignorant pas l’exigence, mais le feignant seulement, la rabaisser ne pouvant pas s’y élever. Mais le bonheur ne se brade pas. Ainsi personne n’ignore qu’il n’est pas dans les biens matériels quoique tout le monde voudrait en les possédant le posséder. On croit cependant davantage pouvoir le trouver dans l’amour et sans doute est-on près d’y toucher au bonheur, mais croit-on et veut-on encore s’en saisir qu’il nous échappe ; en l’être qu’on aime comme en nous-même l’abandon n’est pas de mise : on ne peut s’abandonner à l’amour qu’aussitôt il nous abandonne. Il faut s’en remettre toujours à soi-même et pas à l’autre, pas à l’autre la tâche de nous rendre heureux, du style je te rends heureuse tu me rends heureux, trop facile, ça marche pas comme ça le bonheur.
Mais s’il y a en l’homme cette idée du bonheur c’est aussi qu’il ne lui est pas totalement étranger. Ce qui lui manque c’est d’être à sa hauteur. Et puisque l’on vient de dire que le bonheur n’est pas étranger à l’homme, l’homme qui n’est pas à la hauteur de son bonheur n’est pas à la hauteur de l’homme, ou encore l’homme ne peut connaître ce bonheur de l’homme qu’en étant un homme, pas plus qu’un homme, mais pas moins qu’un homme. L’exigence du bonheur est une exigence naturelle à l’homme. Y répondre est répondre à sa nature d’homme. De la même façon que J.J. Rousseau disait que l’homme est naturellement bon on pourrait dire que l’homme est naturellement heureux. Par conséquent, s’il ne l’est pas ou plus, l’on peut se demander s’il ne s’est pas trop éloigné de lui-même comme des autres qui sont aussi comme lui des hommes ou trop rapproché de ceux qui comme lui ne sont plus des hommes.
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