Il est quelque chose que nous ne sentons pas assez et c’est l’autre. On croit trop aussi que cela a avoir avec l’égoïsme quand il ne s’agit que de la nature intrinsèque à l’homme qui naît seul, qui meurt seul, et qui existe seul dans le sens où il n’a conscience que de son existence de la manière dont il en a conscience, dont il la porte en lui. Trop d’explications historiques sont données sans tenir compte de cette nature inhérente à l’homme, de cette manière qu’il a de se penser au monde.
Qui arrive encore aujourd’hui en Nouvelle Calédonie y arrive comme arrivait le premier colon blanc dans les colonies au siècle passé. Mais ce serait trop faire référence à l’histoire de dire qu’il y arrive en colonisateur. Il n’y arrive plus en colonisateur mais il y arrive encore comme le colonisateur pouvait y arriver, c’est-à-dire seul, parce que l’homme est d’abord seul avant d’être avec une société et une histoire, qu’il vit souvent d’ailleurs comme lui étant étrangère ou imposer de l’extérieur, défavorable plus que favorable. Et c’est ce fait d’arriver seul (comme il est parti) qui lui fait vivre comme une injustice ce qu’il peut lui arriver, car à aucun moment la justification historique ne pourra valoir à ses yeux. Qu’un Kanak l’agresse et ce sera ce Kanak qui l’agressera et non pas une révolte Kanaks que justifierait l’histoire des colonies et la politique des pays colonisateurs d’une époque révolue ou pas. Il n’est pas davantage certain que le Kanak qui l’agresse, l’agresse au nom de cette histoire. Quand il s’en prend à lui il s’en prend au petit blanc comme ses ancêtres s’en étaient pris au petit blanc mais il n’était pas utile pour cela qu’ils en passent eux-mêmes par leurs ancêtres, comme leurs ancêtres eux-mêmes n’en passaient pas par leurs ancêtres et ainsi de suite : il est seulement quelque chose que nous ne sentons pas assez et c’est l’autre, parce que ce sentiment d’être seul au monde comme nous le sommes dans notre existence n’est pas fait pour nous le rendre tolérable : « qu’est-ce qu’il fait là ce petit blanc » pensera le petit noir sans avoir même a le penser et c’est en quoi je parlerais de sentiment (voir de sentiment instinctif) de même que le petit blanc pensera sans le penser et c’est en quoi je parlerais de sentiment (voir de sentiment instinctif) : « qu’est-ce qu’il vient me chercher celui-là ». Le rapport est toujours un rapport d’homme à homme, la politique, l’histoire, ne font que généraliser un problème singulier qui fait qu’un homme mis en présence d’un autre homme rivalise en combat singulier. L’altruisme n’est pas notre fort, mais encore une fois il ne s’agit pas d’égoïsme, mais de comment nous sentons notre vie et notre existence d’où l’autre est absent, car nous naissons seul, nous mourrons seul, et nous existons seul dans le sens où nous n’avons conscience que de notre existence de la manière dont nous en avons conscience et la portons en nous.
Bien évidemment, l’on ne peut pas ne pas tenir compte de l’histoire comme de la politique, mais cela ne doit pas nous faire oublier le sentiment de l’homme. Comment comprendrait-on si on ne le prenait pas en considération ce sentiment de l’homme que le petit blanc puisse autant ressentir un sentiment d’injustice que le petit noir quand l’histoire comme la politique range les victimes d’un côté et les bourreaux de l’autre.
à Frédéric Angleviel
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