vendredi 15 octobre 2021

Ce n'est qu'un chien

 

Il est là à attendre que quelque chose tombe de mon assiette. On ne peut plus manger tranquille. A tout instant cependant je serais pour lui donner si je ne pensais que ce n’est qu’un chien. Aucune mauvaise conscience de ma part. Il a sa gamelle : ce n’est qu’un chien. A quoi il prétend ce chien : aux restes de mon festin. Je ne veux même pas le regarder. Il ne demande que ça que je le regarde. Sûrement en se disant que si je le voyais je lui cèderais. Ce qu’il ne sait pas c’est que je le vois sans le regarder, mais ne lui cèderais rien : ce n’est qu’un chien.

J’arrive à la fin de mon repas. J’ai bien déjà manger tout ce qu’il y avait de bon à manger. Pourquoi ne pas lui céder alors ce misérable morceau, peut-être qu’il le mangerait. Il le mange en effet et sa reconnaissance est sans commune mesure avec ce que je lui ai donné. Je pourrais me laisser aller à dire que cela me réjouis plus que je ne l’aie réjoui. Je dois bien avoué aussi que si j’ai fini par lui céder c’est parce qu’il n’y avait que lui et moi, et pas tout ceux que j’entends dire avec moi : ce n’est qu’un chien, et à qui parfois il me vient pourtant l’envie de répondre : et si ce n’était pas qu’un chien.

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