S’il y a bien une notion qui soit jamais restée étrangère aux extra-terrestres c’est celle de sentiment qu’ils commencèrent à
étudier comme les astrophysiciens peuvent étudier les trous noirs qui n’ont
aucune visibilité sinon gravitationnelle. Incapables donc de voir ce qu’est un
sentiment pour un être humain puisque incapables d’en ressentir ils purent
néanmoins l’appréhender par le raisonnement ainsi que cette force des
sentiments ou force gravitationnelle, les sentiments tournant comme des astres morts autour des êtres vivants. Ils en conclurent ainsi que tel un trou noir il
pouvait absorber toute la lumière ou énergie ou intelligence de l’être humain.
Quand au temps, relativement long ou relativement court, à leur échelle qui est
celle de l’éternité, de sa prégnance sur le cerveau humain qu’il captait ou
absorbait à des degrés divers, voire dans sa totalité, il peut être comparé
pour s’en donner une idée au temps qu’accapare votre pensée la dernière visite
qui vient de vous quitter, sur qui vous venez de refermer la porte, et à qui
peut-être même avant que le bruit de ses pas se perde dans l’escalier vous ne pensez déjà plus. Et si vous pouvez continuez à y penser alors qu’elle
est sortie de votre champ de vision c’est que ce sentiment agit sur vous comme
une image rémanente. Tout ceci témoignait à quel point les extra terrestres
n’avaient aucun sentiment de ce que pouvait être justement un sentiment pour
les humains. Le Rapporteur, sûrement pour avoir trop longtemps prolongé son
séjour sur terre, n’en était lui cependant pas complètement dénué sans pouvoir
toutefois se l’expliquer sinon comme un phénomène étrange provocant en lui des
émotions comme une maladie ses symptômes. Il se trouvait par conséquent dans
l’impossibilité de leur en expliquer ni le comment ni le pourquoi. Il n’est pas
sûr, dit-il, comme pour s’en excuser, que les hommes eux-mêmes puissent s’en
expliquer tant cela parait échapper à l’empire de la raison. Ce serait alors,
insista le Rapporteur, comme une forme de déraison. La raison mise à mal expliquerait
cette souffrance engendrée par le sentiment chez un être éminemment rationnel,
commenta le rapporteur pour s’en sentir lui-même affecté et ne pouvoir
expliquer le sentiment que par la raison. Le sentiment un trou noir de la
raison. Et dans l’univers du commun des mortels il y aurait autant de trous
noirs que d’étoiles scintillantes, mais certaines intelligences plus brillantes
et moins scintillantes que d’autres s’en détacheraient cependant. Paradoxalement, poursuivit le Rapporteur, c’est d’elles qu’on parlerait comme
d’intelligences froides parce que dénuées de sentiment, mais ce qui viendrait
aussi confirmer, comme le trou noir n’est pas si noir que cela, que le
sentiment n’est pas si dépourvu d’intelligence que cela. Pour la petite
histoire, dit le Rapporteur, les hommes prêtent au savant qui vient de faire
une découverte l’expression Euréka qui est comme une explosion d’émotion ou de
créativité. Et appellent artistes tout celui qui nourrirait son œuvre de ses
sentiments ou émotions. Ce qui voudrait dire que l’intelligence pourrait en
être absente quand bien même l’on y trouverait ensuite quelque signe d’intelligence
sans pouvoir être sûr pour autant que l’auteur ou créateur en ait eu
conscience, et même en fut dotée. Le Rapporteur ne pu s’empêcher d’avoir un
petit sourire quand il déclara que les hommes aimaient à se définir comme des
êtres rationnels. Ce n’est pourtant pas ainsi qu’il les avait vus agir,
s’empressa t-il d’ajouter. Les extra-terrestres qui en connaissaient aussi les
ouvrages savants ne purent qu’acquiescer non sans grande satisfaction :
enfin, les observations du Rapporteur coïncidaient avec les recherches savantes
qu’ils avaient entreprises à leur sujet.
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