Quand j'ai les bronches prises je me retrouve dans mon lit d'enfant en Normandie où il me semble être né à la vie de la pensée, histoire de se tenir compagnie, respirant à peine, éprouvant dans le silence de la nuit bonheur et douleur d'être au monde, seul, à connaître ces heures volées au sommeil. Les lêvres sont chaudes, et les mains, tandis que des frissons parcourent le corps, on se laisse porter, s'abandonne aux courants qui nous traversent pour ne pas se noyer, inutile de résister, la maladie est la plus forte, on le sait, seulement saisir, reconnaître les éléments de la traversée, presque en savourer les sensations, livré comme on l'est à son propre corps, et vivre la maladie comme une aventure qu'on vivrait de son lit, sans bouger. La pensée en est presque délivrée et semble flotter, étrangement calme, rien n'est plus si grave. Tout pourrait arriver. On est prêt. Sans être brave. Une toux brusque nous déchire. On voudrait arrêter de respirer. Serre les lêvres, mince contact de la chair. Dit au coeur de ralentir. On dirait qu'il obéit. Sans inquiétude pour l'avenir. Le présent domine. Jamais le présent n'a été aussi présent et notre présence au présent, à la beauté du monde absent. Imperceptible bruit. Air qui saisit. Premières lueurs du jour. On n'a presque pas dormi. Et tout semble étrangement calme comme aux premiers jours du monde qu'on n'a pas connu, qu'on croit connaître, serait-ce cela la fièvre ? Non, la fièvre n'est pas mauvaise. Que la température monte il fait si froid dans cette chambre que l'avarice des adultes oublie de chauffer. Et puis, où sont t-ils passés ? ils sont loin de ces contrées habitées par nos seules pensées. Le corps n'est pas malheureux. On ne va pas l'être pour lui. Le plaindre. Gémir. Il ne peut pas dormir. Il est si bon, si doux de ne pas dormir. Il nous épuise. Et de se sentir épuisé. On ne va pas être comme ces parents qui à la moindre occasion envoient leurs enfants se coucher. On ne doit rien se refuser. Même d'être malade.
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